Oser lutter

No 30 - été 2009

Oser lutter

Défiant les sombres pronostics des oiseaux de malheur qui leur prédisaient le pire, les professeurs de l’UQAM, d’abord intimidés, sont entrés en grève avec une hésitation compréhensible. On leur faisait valoir que leur lutte était vouée à l’échec d’une part parce que la direction de leur université ne possédait pas les ressources pour satisfaire leurs revendications, d’autre part parce que celles-ci apparaissaient exorbitantes en période de crise. Dans une conjoncture aussi catastrophique, chacun, on le sait, doit se montrer heureux de conserver son emploi et ce qu’on veut bien lui concéder comme conditions de travail.

Malgré cela, les professeurs de l’UQAM ont fait une longue grève de sept semaines comportant deux revendications principales. D’abord une demande de création de 300 postes pour assurer la relance de l’UQAM et la doter d’un corps professoral équivalent à celui des autres universités. Ensuite un rattrapage salarial visant à combler l’écart d’environ 10 % creusé entre leur salaire et celui de leurs collègues du réseau UQ.

Ces deux objectifs ont été atteints en partie, pour moitié en ce qui concerne la création de nouveaux postes, aux trois quarts en ce qui regarde le rattrapage salarial. En revanche, le syndicat a dû céder sur une question normative : l’intégration des doyens, jusqu’ici membres du syndicat, dans l’appareil de direction de l’université. La victoire des professeurs n’est donc pas totale mais, dans les temps difficiles que nous traversons, elle représente tout de même un gain aussi substantiel que réel.

Au total, la grève a été très suivie par la grande majorité des professeurs, un sentiment d’appartenance et de solidarité nouveau s’est noué dans le feu l’action, sur les lignes de piquetage et dans les manifestations, et une relève dynamique et énergique a émergé. Et surtout ce syndicat a fait la preuve qu’il faut oser lutter, y compris en période de crise, et peut-être surtout dans ces temps difficiles où la résignation, qui sévit dans plusieurs milieux, condamne à l’inaction et à l’échec ceux qui s’y abandonnent.

La grève du SPUQ démontre le contraire : la lutte peut payer et procurer, à tout le moins, des motifs de dignité et de fierté qui valent largement qu’on s’y engage avec conviction et de manière résolue. En cela, elle est une inspiration et un exemple à suivre.

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