Capitalisme et pulsion de mort

No 30 - été 2009

Gilles Dostaler et Bernard Maris

Capitalisme et pulsion de mort

Lu par Claude Vaillancourt

Gilles Dostaler et Bernard Maris, Capitalisme et pulsion de mort, Paris, Albin Michel, 2008, 170 p.

De prime abord, il semble difficile de rapprocher Sigmund Freud et John Maynard Keynes. On imagine le premier enfermé dans son cabinet de psychanalyste à traiter des malades en appliquant les théories complexes qu’il a élaborées. Et le second au chevet de l’économie mondiale, en compagnie des grands hommes d’État, à offrir ses remèdes pour soigner le capitalisme. Selon les économistes Bernard Maris et Gilles Dostaler, leurs questionnements se rejoignent cependant lorsqu’ils abordent des sujets profondément reliés tels « l’accumulation inlassable du capital, le désir mortifère de l’argent et la pulsion de mort ».

À l’aide de la pensée de Freud et de Keynes, les deux économistes essaient de comprendre un grand paradoxe : comment le capitalisme, qui valorise la production et le profit, se transforme-t-il en force destructrice qui menace la survie même de notre planète ? Et comment en sommes-nous parvenus à accepter un pareil régime ? Certes, il n’existe pas d’explication simple à une pulsion de mort stimulée par un système qui ne met aucune limite à la prédation et au désir de conquête. Freud y voit une tendance naturelle chez l’être humain à la destruction et à l’agression. Keynes s’inquiète lorsque l’argent «  se transforme en finalité de l’activité humaine » et que rien ne parvienne à stopper l’avarice, la cupidité, la thésaurisation.

Selon les auteurs, Freud et Keynes restent toujours aussi pertinents aujourd’hui parce que le monde n’a pas vraiment changé. Ce monde perpétue encore les inégalités, accorde d’infinis privilèges à une minorité, alors que l’« horreur économique », selon les mots de Keynes, met sérieusement en jeu la survie de l’espèce. Chose certaine, ce livre pessimiste tombe à point en temps de crise ; il ajoute une importante contrepartie aux discours triomphants et imperturbables des défenseurs d’une économie productiviste, financiarisée, mais mortifère et incapable de voir les effets dévastateurs de son expansion.

En attendant l’apocalypse, nous pourrons toujours rêver, comme Keynes, du jour où nous relèguerons l’économie « à la place qui lui revient, l’arrière-plan », alors que nous nous consacrerons « à la culture, à l’art de vivre, à la contemplation de la beauté, aux conversations avec les amis, aux relations amoureuses ».

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