Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918

No 60 - été 2015

Jean Provencher

Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918

Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918, Jean Provencher, Montréal, Lux éditeur, 2014, 163 p.

Au printemps 1918, la ville de Québec est le lieu d’une agitation populaire inhabituelle. Pendant cinq jours (du jeudi 28 mars au lundi 1er avril) les adversaires de l’enrôlement obligatoire vont affronter les forces de l’ordre (d’abord la police locale, puis les forces armées canadiennes). Ces affrontements dramatiques entraîneront la mort de quatre personnes et plusieurs autres seront blessées ou emprisonnées. Le livre de Jean Provencher porte sur ces événements tragiques qu’il nous présente à partir, pour l’essentiel, de documents d’archives.

L’ouvrage comporte une chronologie, suivie d’une brève présentation des protagonistes où se côtoient les dirigeants politiques et militaires de l’époque et les innocentes victimes (nommons-les : Honoré Bergeron, Alexandre Bussières, Georges Demeule et Joseph-Édouard Tremblay). Viennent ensuite deux chapitres, le premier portant sur certains événements qui se sont déroulés au Québec de 1914 à 1918 et le deuxième narrant avec beaucoup de finesse et de clarté le soulèvement populaire de Québec lors de ces cinq journées qui ébranlèrent les forces gouvernementales et militaires canadiennes. L’ouvrage se clôt par un émouvant épilogue.

Dans la dernière partie, nous apprenons qu’au lendemain de la tuerie du lundi de Pâques, tous les soldats disponibles pour patrouiller les rues de Québec en vue de rétablir l’ordre et de protéger les propriétés ont reçu une directive assassine : « Shoot to kill ! » La loi martiale est proclamée. Exit l’Habeas corpus. Les libertés civiles sont suspendues ; le chef des troupes militaires a tous les pouvoirs pour rétablir la paix. Le gouvernement Borden ira même jusqu’à légaliser rétroactivement toute intervention de l’armée canadienne « le ou après le 28e jour du mois de mars » 1918. La population de la ville de Québec « doit en tous points obéir aux ordres de l’officier général ou de l’officier commandant les troupes ».

Une enquête du coroner sera chargée de faire la lumière sur ces événements funestes. La conclusion des membres du jury de cette tuerie est assez compromettante pour les autorités fédérales : « Considérant que les personnes tuées en cette occasion étaient innocentes de toute participation à cette émeute qui devait son origine à la manière inhabile et grossière avec laquelle les officiers fédéraux chargés de l’exécution de la loi de la conscription envers les insoumis exerçaient leurs fonctions, il serait du devoir du gouvernement d’indemniser raisonnablement les familles des victimes que l’on a prouvées innocentes et sans armes à ce moment, ainsi que d’indemniser ceux qui ont souffert des dommages de cette émeute. »

Quatre-vingt-dix-sept années plus tard, le monstre froid qu’est le gouvernement fédéral n’a toujours rien versé aux familles ni aux descendant·e·s des victimes. Le général Lessard, l’homme chargé de rétablir l’ordre, avait sèchement justifié son plan d’intervention avec un choix de mots insensés : « J’ai la force et je m’en sers. » Dans les faits, le 1er avril 1918 à Québec, la résistance et la répression ne s’affrontaient pas à armes égales.

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