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Collectif sous la direction de Gabriel Nadeau-Dubois

Libres d’apprendre

Diane Lamoureux

Libres d’apprendre, collectif sous la direction de Gabriel Nadeau-Dubois Montréal, Écosociété, Montréal, 2014.

Cet ouvrage, comme l’indique le sous-titre Plaidoyers pour la gratuité scolaire, reprend l’idée de gratuité scolaire qui a refait surface lors de la grève étudiante de 2012 qui s’opposait à une hausse brutale des frais de scolarité. Proposant une relecture critique du rapport Parent, qui représente à la fois une avancée majeure en termes de scolarisation dans la société québécoise et le début d’une vision instrumentale de l’éducation (il faut augmenter la scolarisation de la population pour moderniser le Québec et former une main-d’œuvre qualifiée et compétente), il réunit plusieurs contributions regroupées autour de trois parties : un argument économique, un argument social et un argument normatif, même si la plupart des textes abordent ces trois éléments.

La partie dans laquelle la nouveauté est la moins frappante, au moins pour les personnes qui sont en faveur de la gratuité scolaire, est la première dans laquelle Philippe Hurteau et Simon Tremblay-Pepin de l’IRIS montrent qu’économiquement, c’est faisable, reprenant les arguments que ce même organisme avait développés pour s’opposer à la hausse annoncée en 2010. Quant à Michel Seymour, il reprend à la fois des idées qu’il avait déjà exprimées ailleurs sur le mal financement des universités et la justification de la gratuité scolaire en termes de justice sociale et politique.

La deuxième partie est plus disparate. Lise Payette et Francine Pelletier font état de la longue marche des femmes vers la scolarisation et de la barrière symbolique que représentent les frais de scolarité. Julia Posca nous montre la place différente de l’éducation à l’intérieur d’un projet d’État-providence et d’un État néolibéral, tandis qu’Anne-Marie Boucher et Marie-Claude Goulet énoncent que la ségrégation scolaire existe déjà et que le système scolaire a un rôle à jouer dans la reproduction des inégalités sociales.

La troisième partie, normative, est plus éclatée. Si Normand Baillargeon, Micheline Lanctôt ou Éric Martin reprennent des idées (qui demeurent pertinentes) qu’ils et elle ont déjà exprimées ailleurs, deux textes apportent un certain vent de fraîcheur. Widia Larivière et Mélissa Mollen Dupuis, deux militantes d’Idle no More, expliquent pourquoi les militant·e·s autochtones ont forcé leurs dirigeants à refuser le cadeau empoisonné de 1,9 milliard de dollars que leur proposait le gouvernement fédéral puisqu’il ne leur permettait pas de préserver adéquatement leur culture. Les deux militantes esquissent également un projet éducatif qui combinerait à égalité le savoir formel véhiculé dans les systèmes scolaires « blancs » et le savoir lié aux traditions culturelles autochtones, ce qui aurait pour effet d’outiller les jeunes Autochtones pour fonctionner dans le monde contemporain, sans avoir à subir un processus colonial d’acculturation. Quant à Yvon Rivard, s’il reprend des thèmes qu’il a développés plus longuement dans le très beau Aimer, éduquer, c’est à une défense et illustration de la gratuité du geste d’enseigner et de la responsabilité qui nous incombe à cet égard qu’il s’emploie. Bref, il déporte le regard du côté de l’institution plutôt que de l’entreprise éducative.

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