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Dossier : Sexe

L’asexualité. Redéfinir l’amour et le sexe

Charlotte Poitras

Il y en a qui s’intéressent aux hommes, d’autres qui s’intéressent aux femmes, d’autres qui s’intéressent aux deux et… il y a ceux et celles qui ne s’intéressent à personne. L’asexualité est une orientation sexuelle méconnue qui concerne 1 % de la population. Comment vit-on sans sexe dans une société où la sexualité semble être la chose la plus importante ? [1]

Dans une société où l’hétérosexualité est considérée comme la norme et où l’homosexualité peine encore à être acceptée, on parle peu des autres orientations auxquelles il est possible de s’identifier. Ainsi, des personnes qui n’ont jamais entendu parler d’asexualité peuvent croire que leur absence de désir est un problème et non une orientation sexuelle.

Joanie (nom fictif) est étudiante, elle se définit comme asexuelle et vit très bien avec sa décision. « Contrairement à ce que les gens peuvent croire, il n’est pas nécessaire d’avoir déjà eu des relations sexuelles pour connaître son orientation. On peut essayer de rendre mon identité invalide en disant que c’est juste la peur, que je n’ai pas encore trouvé la personne idéale, etc. Je réponds : « Tu n’as probablement pas besoin de faire l’amour avec une personne du sexe opposé pour savoir que tu es homosexuel·le. Tu n’as probablement pas besoin de faire l’amour avec une personne du même sexe pour savoir que tu es hétérosexuel·le. » Dans mon cas, je me suis plutôt posé des questions et j’ai fait des recherches avant de m’identifier comme telle. »

Abstinence et asexualité

L’abstinence est un choix, mais l’asexualité est une orientation sexuelle. On n’est pas asexuel·le parce qu’on ne réussit pas à trouver de partenaire ou parce qu’on préfère « résister à la tentation » pour toutes sortes de raisons. Il n’y a juste pas de tentation. « Ça m’arrive souvent de me faire dire que c’est triste de ne pas pouvoir ressentir d’attirance sexuelle. Ça arrive aussi qu’on essaie de me convaincre que c’est bon le sexe. Je ne fais que répondre que je suis née comme ça. »

Ce n’est pas parce que les asexuel·le·s ne s’intéressent pas au sexe qu’ils et elles détestent la chose. Certain·e·s seraient dégoûté·e·s à l’idée d’avoir des relations sexuelles, mais cela ne veut pas dire qu’ils et elles jugent ceux et celles qui se prêtent à cette activité. D’autres ne s’en préoccupent pas vraiment et peuvent accepter d’avoir du sexe avec quelqu’un·e pour différentes raisons. En fait, les asexuel·le·s n’ont pas plus d’attitudes négatives à l’égard du sexe que les personnes qui ont d’autres orientations sexuelles. « Je n’ai pas choisi de détester le sexe. Il ne fait juste pas partie de mes priorités et pourtant, ça ne me tue pas. »

Pas de sexe, mais de l’amour

Si le sexe sans amour existe, pourquoi les gens ne comprennent-ils pas que l’amour sans sexe existe également ? Si les asexuel·le·s ne s’intéressent pas aux relations sexuelles, rien n’empêche certain·e·s de s’intéresser à l’amour.

« C’est très possible d’être en amour avec quelqu’un parce que l’orientation romantique et l’orientation sexuelle sont deux choses différentes. Elles peuvent être alignées ou non. On peut aimer une personne sans pour autant avoir le désir de coucher avec elle, tout comme une personne peut avoir des relations sexuelles sans avoir à être amoureuse. Une personne asexuelle peut être hétéroromantique, homoromantique, biromantique, panromantique, etc. Dans mon cas, je m’identifie aussi comme aromantique, c’est-à-dire que je ressens peu ou pas d’attirance romantique. »

Et lorsque le, la ou les partenaires ne sont pas asexuel·le·s ? Différentes configurations sont possibles : consentir à une relation sexuelle sans pour autant y être intéressé·e. Ou bien être ouvert·e à ce qu’il ou elle ait des relations sexuelles avec une personne extérieure à la relation romantique. Dans tous les cas, la communication est essentielle.

Pourquoi faudrait-il se sentir mal de ne pas avoir quelque chose qu’on ne veut pas ? Ce n’est pas l’orientation elle-même qui peut rendre malheureux, c’est plutôt la réaction des gens face à cela. Dans une société où la sexualité est aussi présente et où l’asexualité reste méconnue, une personne ne ressentant pas de désir peut facilement croire qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec elle.

Ce qui est renforcé par le fait que certaines personnes ne croient pas en l’asexualité et l’associent à une personne qui n’assume pas le rejet, qui veut attirer l’attention ou qui a vécu un traumatisme. Pourtant, le chercheur Alfred Kinsey, qui a étudié le comportement sexuel humain et interrogé près de 18 000 personnes, confirme l’existence de cette orientation sexuelle, qui comme toute orientation peut varier au cours de notre vie. Chacun·e vit sa sexualité – ou son absence – différemment. Il n’y a pas de « normalité » ; l’asexualité est bel et bien une orientation valide, qui doit être respectée au même titre que les autres.

Pour trouver une communauté, de l’information ou de l’aide :

Aven, réseau d’entraide des asexuels francophones et information sur l’asexualité.

P.-S.

Photo : Mélanie Dion

NOTES

[1] La version originale de ce texte a été publiée en novembre 2014 sur le site web lesnerds.

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