Quand travailler enferme dans la pauvreté et la précarité : Travailleuses et travailleurs pauvres dans le monde

No 60 - été 2015

Carole Yerochewski

Quand travailler enferme dans la pauvreté et la précarité : Travailleuses et travailleurs pauvres dans le monde

Quand travailler enferme dans la pauvreté et la précarité : Travailleuses et travailleurs pauvres dans le monde, Carole Yerochewski, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2014, 186 p.

L’ouvrage de Carole Yerochewski porte sur un sujet passablement honteux pour une société d’opulence comme le Québec. Il lève le voile sur l’ensemble des mécanismes à l’œuvre, depuis le milieu des années 1970, qui ont eu pour effet de fragiliser sérieusement le marché du travail et d’engendrer des travailleuses pauvres. Précisons-le, ce sont des femmes qui occupent majoritairement ces emplois à temps partiel, cette condition de « travail qui rend pauvre ». D’où l’importance de féminiser.

Le livre dont il est question ici comporte cinq chapitres. Dans un premier temps, l’auteure s’attaque à la définition de son objet d’étude (« Travailleuse/travailleur ou ménage pauvre ? ») ; dans un deuxième temps, elle repère le moment où est apparu ce récent phénomène ; dans un troisième temps, elle cerne les causes à l’origine de l’appauvrissement de certaines personnes salariées sur le marché du travail ; dans un quatrième temps, elle circonscrit la reconfiguration contemporaine du marché mondial ; finalement, elle identifie des perspectives d’action pour permettre aux personnes concernées par ce phénomène de prendre l’initiative en vue d’améliorer leurs conditions de vie et d’existence. L’ouvrage contient un foisonnement de données quantitatives et présente un volet normatif comportant des propositions de réformes intéressantes en vue de contrer certaines politiques gouvernementales et orientations patronales qui avilissent nos semblables.

La thèse centrale développée par Yerochewski se décline comme suit : le compromis issu de la Deuxième Guerre mondiale (le compromis fordiste-keynésien) a été remis en question à partir du milieu des années 1970. Nous sommes passés de la mise en place de politiques favorisant le « plein emploi » et le partage des gains de la productivité par la négociation collective, à l’adoption de politiques favorisant « la compétitivité des entreprises » accompagnée d’un affaiblissement de la capacité de résistance du mouvement syndical. Ici, c’est le modèle référentiel d’action schumpétérien qui l’a emporté sur ses concurrents. Selon ce modèle, « c’est l’innovation, et donc, l’offre, qui soutient la croissance économique  ». Place à l’initiative individuelle et mise au rancart dorénavant de ces politiques sociales de bien-être des Trente glorieuses qui permettaient d’avoir des revenus de remplacement en cas de perte d’emploi. Aux individus dorénavant à se responsabiliser face aux nouvelles exigences du marché du travail. Aux personnes salariées de s’activer pour trouver du travail. Pour les partisan·e·s de cette nouvelle politique économique, exit le Welfare State et bienvenu au Workfare State. Yerochewski avance, avec raison d’ailleurs, que la contre-réforme de l’assurance-emploi, instaurée par le gouvernement de Stephen Harper en 2012, s’inscrit dans cette orientation du Workfare State et correspond à rien de moins qu’une « conduite autoritaire ».

Ce livre saura intéresser toutes les personnes qui veulent approfondir leurs connaissances sur ce fléau que les économies développées n’ont pas été en mesure de contrer, à savoir : « vivre au jour la journée » selon l’expression du sociologue Robert Castel.

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