Eduardo Galeano

Le livre des étreintes

Christian Brouillard

Le livre des étreintes, Eduardo Galeano, Lux éditeur, Montréal, 2012, 268 p.

Il y a comme une contradiction poétique dans la définition de l’étreinte : autant ce terme peut faire référence à une pression violente, autant il peut renvoyer à la tendresse. C’est dans ce balancement que nous entraîne le recueil d’Eduardo Galeano Le livre des étreintes, publié chez Lux éditeur. Témoignant aussi bien de la violence de l’ordre dominant que de la fraternité de celles et ceux qui y résistent, les textes réunis par l’auteur restent, comme dans les deux précédents ouvrages de Galeano publiés par Lux, Paroles vagabondes et Les voix du temps, inclassables. Contes, mythes, souvenirs personnels ou références à l’Histoire (avec un grand H !), peu importe la forme que prend l’écriture de Galeano, celle-ci nous donne à voir ce qui est et ce qui peut advenir. Réalisme magique donc, aussi contradictoire puisse être cette qualification, car pour Galeano, le réel ne se résume pas à la domination ou à la misère, mais inclut tous ces possibles qui peuvent le transformer. La libération de l’humain ne passe alors pas seulement par l’économique, elle se doit d’être aussi culturelle. C’est dans ce sens qu’on peut lire cet extrait, dont l’esprit est très proche du célèbre slogan de la grande grève ouvrière américaine de Lawrence, en 1912, « Bread and roses » : « Le système qui ne donne pas à manger, ne donne pas non plus à aimer : nombreux sont ceux qu’il prive de pain, mais plus nombreux encore sont ceux qu’il condamne à une famine d’étreintes. »

La magie de ce livre, c’est de sentir la douce étreinte, non seulement de l’auteur, mais aussi de tous ceux et celles qui ont voulu le pain et les roses.

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