Culture

Créer dangereusement

Congrès des écrivain·e·s et artistes noir·e·s

Rosalind Hampton

Du 18 au 20 octobre 2013 s’est tenu à l’Université McGill le Congrès international des écrivain·e·s et artistes noir·e·s organisé par le groupe Community-University Talks (Conversations Universités-Communautés). Bilingue et multi­disciplinaire, Community-University Talks (C-Uni-T) est un collectif composé d’étudiantes et étudiants et de membres de la communauté locale. Le collectif souhaite créer des espaces de dialogues entre les membres de la communauté noire de Montréal ainsi qu’avec les étudiant·e·s, chercheur·e·s et professeur·e·s provenant de différentes communautés culturelles.

Le congrès de cette année avait pour thème « Créer dangereusement », en référence à l’ouvrage de l’écrivaine américano-haïtienne Edwidge Danticat Create Dangerously : The Immigrant Artist at Work (Princeton University Press, 2010). Très inspirés par le travail de Danticat, les organisateurs et organisatrices de l’événement trouvaient dans l’idée de créer dangereusement, tel qu’articulé par Danticat et par Albert Camus avant elle, cet engagement qui nous liait à chacun et chacune de nous ainsi qu’à nos communautés et à notre société dans son ensemble : l’acte même de créer comme arme de résistance, comme outil pour nous raconter nous-mêmes, pour interpréter le monde et le remodeler selon les perspectives qui sont les nôtres. Bien qu’Edwidge Danticat n’ait pu prendre part au congrès, elle a exprimé avec enthousiasme son soutien, nous encourageant en retour à organiser un événement qui marquerait l’histoire de ces rassemblements des diverses communautés noires.

Un pont entre le passé et le présent

Le Congrès des écrivain·e·s et artistes noir·e·s 2013 a tenu à rendre hommage aux éditions précédentes, notamment au tout premier congrès s’étant tenu en 1956 à la Sorbonne, à Paris. C’était également l’occasion de souligner le 45e anniversaire du congrès qui s’était déroulé à l’Université McGill en 1968. Dans l’esprit des éditions précédentes, celui de 2013 a rassemblé des intellectuel·le·s, des artistes et des militant·e·s provenant des quatre coins du monde, suscitant des discussions et des débats animés autour des politiques, cultures et identités des diverses communautés noires.

Nous avons également voulu que ce congrès reflète les changements politiques et sociaux survenus depuis la fin des années soixante ; il s’agissait notamment de corriger une lacune importante des congrès précédents, soit la quasi-absence des femmes. Nous souhaitions donc mettre de l’avant une approche féministe noire qui met l’accent tant sur les contributions des femmes que sur les façons dont interagit l’appartenance raciale avec d’autres composantes de l’identité d’une personne, entre autres son genre, son orientation sexuelle, sa classe sociale, sa langue et ses origines.

Très conscient·e·s qu’il restait aujourd’hui peu de traces des congrès passés, les organisateurs et organisatrices ont souhaité remédier à ce problème en produisant divers documents et produits destinés tant aux participant·e·s qu’à nos archives. Nous avons ainsi confectionné des sacs de toile à l’effigie de cinq femmes noires : l’auteure et poète canadienne d’origine jamaïcaine Afua Cooper ; l’écrivaine afro-américaine Zora Neale Hurston ; Miriam Makeba, chanteuse et militante sud-africaine ; la romancière haïtienne Marie Vieux Chauvet ;,enfin, l’écrivaine et femme politique malienne Aminata Dramane Traoré. Ces sacs ont tous été imprimés par nos soins au Centre d’art communautaire Ste-Émilie Skillshare. L’affiche officielle du congrès, la couverture du programme et le macaron offert aux participant·e·s illustraient Wangechi Mutu, une artiste visuelle africaine qui vit à Brooklyn. Deux autres affiches ont été produites mettant à l’honneur l’écrivain caribéen George Lamming, qui avait assisté au congrès de 1956 à Paris, et Stokely Carmichael (connu plus tard sous le nom de Kwame Ture), un écrivain et militant afro-américain présent à l’édition de 1968 de McGill – il y avait d’ailleurs prononcé un vibrant discours.

Un bilan très positif

Le Congrès des écrivain·e·s et artistes noir·e·s 2013 a été un très grand succès, accueillant pendant les trois jours de l’événement environ 180 personnes, parmi lesquelles on comptait des écrivain·e·s, des artistes de toutes sortes, des syndicalistes et militant·e·s des milieux communautaires, des étudiant·e·s ainsi que des universitaires. En outre, les 35 conférences et performances artistiques ont su illustrer la diversité des identités et expériences vécues au travers des différences d’âge, de langue, d’origine, de classe sociale, d’orientation sexuelle, de genre, d’aptitude et d’opinions politiques. Le congrès a également permis que de nouvelles relations, tant professionnelles que personnelles, se nouent, et d’importantes discussions y ont été initiées. Community-University Talks souhaite ainsi continuer de créer des espaces de partage et d’échanges aussi précieux. Les étudiant·e·s noir·e·s, les membres des com­­munautés noires et les allié·e·s de tous les milieux qui désirent s’impliquer dans le collectif peuvent nous contacter à c.unit. forum@gmail.com ou se rendre sur notre site web : .

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