Gary Klang

Ex-île

Ariane Gagné

Ex-île, Gary Klang, Montréal, Mémoire d’encrier, 2012.

Ex-île, c’est une parole qui raconte la tristesse du territoire arraché et transformé, la difficulté de s’appartenir et la dépossession de soi.

Ne reconnaissant plus l’île d’Haïti qu’il aime et qui l’a vu naître, fatigué de « vivre la peur au ventre », le narrateur est transporté entre un passé où il se « revoit près des arbres de lune » et un présent « où l’homme est éloigné de l’homme, où il ne fait point bon ». Tout en se remémorant sa savane et ses « senteurs uniques », il observe avec une certaine mélancolie les sites et les cités érigés qui s’imposent à lui, ces « tours de Babel [qui] fusent vers le ciel ».

Ex-île, c’est aussi le récit d’une colère face au discours trompeur et aux faux espoirs entretenus par le pouvoir en place. Évoquant «  le flot bloqué dans l’urne  » et « la terre qui ne tourne plus », l’auteur refuse le jeu politique en se prêtant à une critique féroce de « ces prophètes de bonheur, ces gens de chiffres et d’angoisses ». Dans l’attente de jours meilleurs, il dénonce leurs fadaises, leurs raisonnements sans faille et leurs promesses telles « de grands murs gris ».

Lire Ex-île, c’est finalement s’armer de la conscience aiguisée des mots de Gary Klang et s’en servir pour jeter ensuite un regard alerte sur notre propre réalité. À travers un texte tout de même teinté d’espérance, Klang donne une véritable « leçon d’azur » à son lecteur. Car il sait « de sûre source qu’un jour, le rire remplacera les pleurs ».

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