Dossier : Noam Chomsky, scientifique et militant

Le modèle propagandiste des médias

Normand Baillargeon

En 1988, Edward S. Herman et Noam Chomsky ont publié un ouvrage intitulé Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media [1]. La pièce maîtresse de l’ouvrage est ce que les auteurs ont baptisé le « modèle propagandiste des médias », lequel était d’abord présenté, puis appliqué à quelques études de cas.

Le modèle proposé est « propagandiste » en ce sens que les auteurs soutiennent que les grands médias « servent à mobiliser des appuis en faveur des intérêts particuliers qui dominent les activités de l’État et celles du secteur privé [et que] leurs choix, insistances et omissions peuvent être au mieux compris – et parfois même compris de manière exemplaire et avec une clarté saisissante – lorsqu’ils sont analysés en ces termes. » (Manufacturing Consent, p. xi) Dans le modèle, des variables sont retenues qui permettront de rendre compte de ce fonctionnement, de ces « choix, insistances et omissions » et de leur systématicité. Ces variables – il y en a cinq – sont présentées comme autant de « filtres ».

Le premier filtre est celui que constituent la taille, l’appartenance et l’orientation vers le profit des médias. Le deuxième filtre est celui de la dépendance de ces médias envers la publicité, qui constitue, comme on sait, leur première et principale source de revenus. Le troisième filtre est constitué par la dépendance des médias à l’égard de certaines sources d’information : le gouvernement, les entreprises elles-mêmes – notamment par le biais des firmes de relations publiques dont l’importance est croissante – les groupes de pression, les agences de presse. Le quatrième filtre est celui des flaks, c’est-à-dire des critiques qui sont adressées aux médias et qui servent à les discipliner – les plus influentes d’entre ces critiques étant celles qui émanent des institutions dominantes. Le cinquième et dernier filtre est constitué par l’anti-communisme des médias ainsi que par la prévalence, en leur sein, d’une idéologie favorable au libre marché.

Une des principales conclusions de ce travail est la suivante : « Contrairement à la conception qu’on se fait généralement des médias et qui les présente comme poursuivant inlassablement la vérité de manière vigoureuse et obstinée et comme soucieux de préserver leur indépendance, nous avons conçu et appliqué un modèle propagandiste, un modèle selon lequel les médias sont bel et bien au service d’une cause sociale, mais pas celle de permettre au public, en lui donnant accès à l’information indispensable pour ce faire, de contrôler intelligemment le processus politique. Le modèle propagandiste suggère au contraire que la finalité sociale que servent les médias est de se porter à la défense des intérêts économiques, politiques et sociaux des groupes privilégiés qui dominent la société civile et l’État.  » (p. 298)

P.-S.

Photo : Pierre Rondeau

NOTES

[1] En français : La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie, Agone, Collection Contre-feux, édition revue et corrigée, Marseille, 2008

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