Art, politique, révolution

No 52 - déc. 2013 / janv. 2014

Louis Gill

Art, politique, révolution

Art, politique, révolution : manifestes pour l’indépendance de l’art, Louis Gill, M Éditeur, Montréal, 2012, 137 p.

L’ère des manifestes

L’individualisme qui caractérise en grande partie les milieux artistiques aujourd’hui rend difficile la création de manifestes à la fois rassembleurs et provocateurs, comme ceux qui ont marqué le XXe siècle. C’est donc avec curiosité que nous plongeons dans le petit livre de Louis Gill, qui nous fait part d’une succession de manifestes parus entre 1916 et 1948. Certains sont très connus et largement commentés, tels le premier manifeste du surréalisme, par André Breton, ou Refus global de Paul-Émile Borduas. D’autres demeurent plus obscurs, comme les manifestes dada ou Rupture inaugurale.

Le dénominateur commun de ces textes est de chercher à libérer l’art des conventions qui l’ont trop longtemps encadré, de rompre de façon parfois radicale avec le passé, afin de s’affranchir du plus grand nombre de contraintes. Pour la plupart des auteur·e·s, l’émancipation de l’art ne peut pas être atteinte sans une importante transformation sociale. Il est donc important que les artistes se préoccupent aussi de politique ; leur radicalité en tant que créateurs et créatrices les lie alors aux mouvements révolutionnaires.

Plusieurs artistes sont spontanément attirés par le plus important d’entre eux : le communisme. Ce qui les place devant un choix difficile. Doivent-ils renoncer à leur liberté de créateurs afin de bien répondre aux règles rigides du Parti communiste, pour lequel l’art s’apparente à de la propagande ? André Breton, associé à plusieurs manifestes cités dans le livre, est un de ceux qui ont vécu le plus douloureusement ce dilemme, bien que son choix ait été sans équivoque : la liberté de l’artiste doit l’emporter.

Le livre de Louis Gill tient à la fois du manuel d’histoire et de l’anthologie, puisque de longs extraits des manifestes sont cités. Ce qui donne à l’ensemble une grande qualité pédagogique : le parcours d’un texte à l’autre est bien balisé, le commentaire reste bref, sobre et pertinent. Ce livre est à la fois une excellente initiation et un aide-mémoire pour tous ceux et celles qui s’intéressent à la question.

Thèmes de recherche Arts et culture, Livres, Histoire
Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème