Manifestations : les précautions à prendre

No 72 - déc. 2017 / janv. 2018

Sécurité numérique

Manifestations : les précautions à prendre

Les manifestations sont signe de vitalité démocratique dans une société. Voici quatre conseils pour se préparer adéquatement à manifester sans que l’utilisation d’appareils numériques devienne sources de vulnérabilité.

Verrouillage biométrique

Si la méthode d’authentification biométrique (empreintes digitales ou reconnaissance faciale) est facile et relativement sécuritaire, elle facilite le déverrouillage du téléphone (et donc l’accès physique à l’entièreté du contenu de l’appareil) sans le consentement de son propriétaire. Il est facile de prendre la main d’un individu et d’apposer le pouce à l’endroit indiqué pour déverrouiller le téléphone. À l’inverse, un appareil protégé par un mot de passe requiert une coopération. Note : un·e agent·e de police doit impérativement détenir un mandat de la Cour pour déverrouiller un appareil sans le consentement de la personne. Les forces de l’ordre sont néanmoins en droit de saisir ledit appareil ; ce qui nous mène à la deuxième précaution.

Le disque dur

Le verrouillage de l’écran d’accueil n’est pas une solution à toute épreuve : si le téléphone est saisi, il est possible d’y connecter un appareil pouvant récolter l’ensemble du contenu du disque dur. Le chiffrement de ce dernier permet donc de rendre tout son contenu illisible, et ce, dès que le téléphone est mis hors tension. De cette manière, si la situation permet de le faire de manière sécuritaire, éteindre complètement son téléphone est une précaution supplémentaire pour protéger son contenu. Le chiffrement du disque dur se fait par défaut sur les téléphones iOS, mais doit être configuré sur les plateformes Android. Pour des tutoriels à cet effet, rendez-vous sur le site de l’École de sécurité numérique (www.esn514.net/chiffrer-son-appareil-mobile/).

Modes de communication sécurisés

La communication par Facebook, Gmail ou encore par les messageries texte usuelles rend vos échanges particulièrement vulnérables. D’abord, parce qu’elles peuvent potentiellement être interceptées en transit, mais aussi parce que ces messages échangés restent accessibles aux fournisseurs de services, qui peuvent ensuite en donner l’accès aux forces de l’ordre en cas de requête. C’est pourquoi, autant lors d’une manifestation qu’au quotidien, il est encouragé d’utiliser des applications qui chiffrent vos communications de « bout en bout ». Sommairement, ces applications « mélangent » vos messages et les rendent illisibles pour les autorités qui tenteraient de les intercepter : leur seul moyen de lire le message est d’obtenir un accès physique à votre appareil ou à celui de la personne avec qui vous communiquez. Une des applications les plus sécuritaires et faciles d’utilisation pour cela est Signal Private Messenger. L’application comporte de nombreuses fonctionnalités (appels, textos, positionnement géographique, appels vidéo, emojis, etc.) et peut être téléchargée à partir de votre fournisseur d’applications.

Photos et vidéos

Documenter une manifestation est quelque chose d’important : les photos et les vidéos servent tant à consolider le mouvement qu’à tenir les forces de l’ordre imputables. Néanmoins, il importe de se montrer prudent quant à la nature des photos et des vidéos publiées. Elles peuvent être utilisées contre les manifestant·e·s, particulièrement dans un contexte où la veille des médias sociaux reste la technique d’enquête la plus employée par les forces de l’ordre dans la surveillance des manifestations. Pour prévenir cela, il est d’abord recommandé d’éviter de capter les visages de manifestant·e·s (favoriser les prises de dos). Ensuite, l’application Obscuracam permet de flouter les visages qui apparaîtraient sur une photo tout en conservant les métadonnées qui pourraient éventuellement permettre à celle-ci d’être reconstituée et de servir de preuve recevable en cour. Il s’agit là d’une manière toute simple de protéger vos allié·e·s et de résister à vos adversaires !

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