Syndicalisme aux États-Unis. Des luttes inspirantes

No 72 - déc. 2017 / janv. 2018

International

Syndicalisme aux États-Unis. Des luttes inspirantes

Nos voisins au sud de la frontière ne brillent pas par leur taux de syndicalisation, qui oscille autour de 10%. Qu’à cela ne tienne, le collectif Lutte commune a organisé, en septembre dernier à Montréal, une soirée autour des témoignages de deux militantes syndicales américaines qui nous renseignent sur la manière de tisser des alliances victorieuses en milieu hostile.

Luttes syndicales victorieuses our le 15$ de l’heure

C’est Jane Slaughter, militante à Labor notes, qui évoque le contexte de cette victoire pour le moins étonnante. Dans une petite ville dortoir située près d’un aéroport, les gens vivent exclusivement du travail précaire et peu rémunéré que leur procurent les compagnies d’aviation. Ces quelque 25000 personnes issues de communautés culturelles racisées ne sont pas syndiquées. Elles ont même connu pour la plupart des expériences traumatisantes avec des organisations syndicales, et ce, bien qu’elles aient connu quelques campagnes de syndicalisation.

Pendant un temps, il était toléré et habituel dans ce milieu de travail que l’on puisse faire ses prières lors des pauses, jusqu’à ce qu’un gérant refuse cette pratique à une personne. En guise de protestation, des employé·e·s ont fait tout de même leurs prières et 34 personnes ont été suspendues. Informés de la situation qui contrevenait aux droits fondamentaux, le syndicat des Teamsters ont organisé une manifestation dans la ville plutôt qu’à l’aéroport afin de concrétiser les liens entre le milieu du travail et la collectivité. Cette marche de 800 personnes a été précédée de rencontres entre différentes autorités religieuses et des membres de la collectivité dans des endroits sécuritaires.

Puis est venue l’idée de tenir une autre marche, cette fois dans l’aéroport. Les compagnies ont refusé. Les autorités religieuses se sont fait entendre en exposant le cas de conscience que représente ce déni du droit fondamental de manifester, allant même jusqu’à discuter de la situation lors de la réunion des actionnaires. Enfin, la coalition pour le 15$ de l’heure a organisé un référendum auprès de la population portant sur l’augmentation de salaire. L’aide des imams de la communauté a été déterminante. Aujourd’hui, ces travailleurs et travailleuses sont rémunérés, à l’instar de 17 millions d’Américains, 15$ de l’heure, ce qui permet à un bon nombre d’entre eux et elles de ne plus avoir à travailler 80 heures par semaine en cumulant trois emplois pour boucler les fins de mois.

La grève des enseignant.e.s de Chicago en 2012

Pour sa part, Deborah Pope a décrit la solidarité et la combativité dont ont fait preuve les membres de son syndicat d’enseignant·e·s. La particularité de cette lutte victorieuse est qu’elle portait sur une question d’orientation de l’action syndicale qui, de l’aveu de la militante, est passée de la collaboration à outrance avec l’employeur à la transformation sociale. Ainsi, à la suite de l’élection d’un nouvel exécutif plus combatif, le syndicat est déménagé de sa tour luxueuse dans un local de la communauté. Il s’est ensuite impliqué dans deux enjeux fondamentaux pour l’éducation : confronter le racisme au sein du milieu scolaire et la pauvreté des parents des élèves. Cette nouvelle culture l’a conduit à développer des sous-comités syndicaux dans les écoles et à tisser des liens serrés avec les divers membres de la communauté. Par exemple, lors d’un vote de grève, ce sont les autorités religieuses qui ont compté les bulletins de vote. Après sept jours de grève, une entente a finalement été ratifiée.

C’est encore un tour de force qu’a réalisé le collectif Lutte commune en nous proposant cette conférence. En effet, le milieu syndical s’intéresse rarement à ce type de réflexion. Pourtant, il a de sérieuses questions à se poser s’il veut lui aussi connaître de telles victoires. Quelles leçons tirer de ces deux expériences ? Que la réflexion sur nos propres pratiques syndicales et que le développement de liens entre les organisations syndicales québécoises et les membres des communautés locales sont nécessaires.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème