No 72 - déc. 2017 / janv. 2018

Julie Rocheleau et Véronique Cazot

Betty Boob

Julie Rocheleau et Véronique Cazot, Betty Boob, Paris, Casterman, 2017, 184 pages.

On se souviendra de l’ire des auteures de BD alors que le Festival d’Angoulême, il y a peu, n’avait aucune femme ou presque dans sa liste de nominations pour son prix le plus prestigieux… Chose certaine, une œuvre de la trempe de celle de ce tandem féminin sur un sujet idoine s’imposera cette fois avec maestria !

Betty subit l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer ravageur. Cette privation se trouvera démultipliée par les pertes subséquentes de son chum et de son boulot. Rien ne va plus pour Betty et cette histoire, qui pourrait être un mélodrame parmi tant d’autres, mais qui prend un tour pour le moins burlesque et explosif… Pour ce qui est du scénario, les dialogues de Véronique Cazot (Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ?, Fluide Glacial) ont le mérite d’être strictement graphiques – une BD muette d’environ 200 pages à l’ère du blabla ? Oui, et qui en dit d’autant plus que la lecture exige une interaction intime avec l’œuvre, de se compromettre en usant avec créativité du cœur et de l’intelligence.

On l’aura compris, ça prenait une dessinatrice hors pair pour parvenir à mettre en orbite une telle histoire de réinvention de soi, surtout dans une société patriarcale normalisatrice et hypersexualisée. La Québécoise Julie Rocheleau (La fille invisible, Glénat Québec ; La colère de Fantômas, Dargaud ; La Petite Patrie, La Pastèque) est bel et bien celle qui enchante cette histoire, au demeurant tragique, pour un personnage mutilé en son sein – au propre comme au figuré. Rocheleau, au moyen d’une palette de couleurs limitée et judicieusement sélectionnée, s’illustre avec une dynamique graphique époustouflante et un découpage offrant des perspectives de lecture souvent inédites.

Les pages du numéro burlesque dans lesquelles Betty adopte et développe son alter ego scénique, Betty Boob (pastiche de la niaise Betty Boop), sont une pure merveille d’humour et d’autodérision. En lieu et place du sein manquant, apparaissent tour à tour un poisson qui tète, un siphon de cuvette, une mini-cage libérant une oiselle et moult surprises hormis une prothèse, qui reste ordinaire malgré une signature de designer…

Ce livre sort définitivement femmes, désir, sexualité et imaginaire du placard à balais – quitte à enfourcher un balai et à passer pour une sorcière.

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