Saute d’humeur

Le voyou

Jean-Yves Joannette

On ne connaît pas sa mère, seulement son père. Celui-ci avait de l’ambition pour dix et il en avait aussi pour son fils. C’est pourquoi il a commencé par le prénommer Pierre, car sur cette pierre il assoirait son esprit de clocher. Puis, inspiré, il ajouta Karl au prénom car il le savait, Karl était le créateur du capital. Le baptême de Pierre Karl fut grandiose. Il était à peine né qu’il avait déjà fait la une du feuillet paroissial.

Plus tard, bien après sa première communion, PK eu une crise d’adolescence. Ses membres s’allongeaient, son visage bourgeonnait et il eut vraiment peur de ressembler à son père. Son père était laid. Très laid. Pierre Karl eut vraiment peur de ne jamais pouvoir approcher les belles femmes qu’il « lisait  » à la page 7 du journal de son père. Malheureux, il devint trotskiste.

Il se mit à dévorer des livres incroyables dans lesquels il découvrait des mots formidables (prolétariat, dialectique, matérialisme). Pour la première fois de sa vie, il était fier du Karl de son abondant prénom. Il s’engagea dans la lutte de classes. Seul un cliché nous est resté de cette époque glorieuse.

PK vieillit. Finie la révolution. Son père le reçut comme un enfant prodigue et lui permit de se faire la main dans les pattes et papiers. L’achat de Donohue lui permit d’aller voir les danseuses d’Honolulu. Son père était fier, son PK avait dans l’imprimerie fait bonne impression.

Comme tout bon père digne de ce nom, il mourut. PK comme tout bon fils digne de ce nom poursuivit son œuvre en s’appuyant comme ce dernier sur les 4 S : Sport, Sang, Sexe et Spectacle. Il s’affaira à hisser ses entreprises vers de nouveaux sommets. Il lui fallait maintenant une femme avec qui il pourrait se faire photographier. PK en a identifié une. Elle était jeune et jolie, se prénommait Julie et ne se gênait pas pour parler de son point J. L’audace de cette sémillante femme lui plut.

Pour l’approcher, il sollicita la Caisse de dépôt et placement du Québec et acquit Vidéotron. De son télésiège il conquit enfin la jolie Julie. PK et Julie se promirent complicité. Et firent de « L’enfer c’est nous autres  » leur devise commune.

PK est en feu. Cette union, cette liaison, ce rapprochement, cet accouplage, cette interconnexion, cette interface, cet abouchement lui font découvrir les grandeurs de la convergence. Et PK de tout faire converger vers lui. Il accouple ses entreprises, elles se pénètrent mutuellement, elles gigotent d’interface et les confluences se multiplient. Julie émet des flatulences brillantes (elle pète le feu) car elle est la première à en profiter. Elle est la Star de l’Académie de son Banquier.

PK veut devenir un grand bourreau du travail. Sans cagoule, le visage découvert, il est décidé à abattre le travail. Il coupe des emplois à la volée. PK le bourreau du travail, tel un bûcheron, abat les boulots et déracine les employés. Pragmatique, il coupe aussi ses contributions au Fonds canadien de télévision… Ce n’est pas parce qu’une société d’État lui est venue en aide que l’État doit en aider d’autre que lui.

Mais voilà qu’un quidam lance qu’il se comporte en VOYOU ! Il est outré, Julie aussi. PK ameute une meute d’avocats. Dommages et intérêts. Julie se présente au juge et explique tous les dommages collatéraux que ce qualificatif a fait subir à elle, à ses enfants, à sa mère…

Secrètement, elle regrette d’avoir épluché des oignons pour que coule sur ses délicates joues un mascara hors de prix… mais lorsqu’on a comme devise « L’enfer c’est nous autres  », il faut ce qu’il faut pour que le diable soit aux vaches.

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