La bataille contre le dégel

No 38 - février / mars 2011

Frais de scolarité

La bataille contre le dégel

Depuis 2007, les étudiants universitaires subissent une augmentation de leurs frais de scolarité de 50 $ cumulatif par session. Dans l’histoire du mouvement étudiant, c’est la deuxième fois qu’un dégel de ces frais est appliqué [1]. Dans les deux circonstances, les associations étudiantes combatives ont tenté de livrer bataille, mais sans succès. Face à ces échecs, la droite a repris confiance et propose maintenant de hausser de manière plus importante les frais universitaires.

La guerre est engagée

Alors que le dégel de 2007 était annoncé jusqu’en 2012, le bras de fer recommence dès 2009. En février 2010, Lucien Bouchard et consorts mettent la table : le prochain dégel devra être plus considérable pour rejoindre la moyenne canadienne (plus de 5000 $ par année) [2].
Le 6 décembre dernier, le gouvernement organisait une rencontre nationale sur le financement des universités dont l’ordre du jour était de savoir s’il fallait procéder en imposant une grosse ou une très grosse augmentation. La guerre est donc déclarée. Face à cela, comment les centrales étudiantes abordent-elles cette nouvelle bataille ? Assisterons-nous à une nouvelle grève générale, et si oui, quand ?

ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) - Élargir les perspectives de lutte

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, l’ASSÉ s’est réjouie de la récente prise de position de la FTQ en faveur de la gratuité scolaire. C’est une autre preuve que ce n’est pas un projet utopiste. De plus, l’ASSÉ considère qu’il ne suffit pas de s’opposer au dégel, mais qu’il faut aussi développer une critique de ce que devient l’éducation. L’utilisation récente du concept de mal-financement plutôt que de celui de sous-financement représente une petite révolution intellectuelle.

Alors que tout porte à croire que les détails de la nouvelle hausse des frais seront annoncés lors du prochain budget en mars 2011, l’ASSÉ croit qu’elle ne sera appliquée qu’en 2012, ce qui laisse un peu de temps pour organiser la mobilisation. En d’autres mots, la perspective de grève générale est à l’horizon, mais il est encore trop tôt pour discuter de sa mise en application concrète.

En attendant, cet hiver, l’ASSÉ entend mobiliser ses membres pour perturber la rencontre des partenaires en éducation collégiale. Consciente que la lutte doit sortir de ses bases pour être victorieuse, l’ASSÉ entend tenir une grande rencontre nationale étudiante ce printemps pour discuter des perspectives de lutte.

FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec) - Lutter pour le gel et défendre la gratuité scolaire

Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ, nous explique que la position de sa fédération est le gel dans une perspective de gratuité scolaire. Plus pragmatiquement, la FECQ désire que la hausse cesse en 2012.

La FECQ se réjouit de la bonne participation à la rencontre des partenaires universitaires du 6 décembre 2010. Selon Léo Bureau-Blouin, cette forte participation reflète bien le fait que c’est la classe moyenne qui serait frappée de plein fouet par la hausse pressentie. Ce qui réjouit le plus le président de la FECQ, c’est la solidarité qui s’est développée avec les centrales syndicales. Lors de la journée du 6 décembre 2010, les centrales syndicales ont suivi les fédérations étudiantes qui ont claqué la porte de la rencontre, fait très rare dans l’histoire récente du syndicalisme québécois.

Pour la suite des choses, la FECQ envisage une vaste mobilisation contre le prochain budget, mais attend un signal clair du gouvernement en matière de dégel avant de parler de grève générale. En attendant, la FECQ souhaite que le gouvernement ait retenu la leçon du 6 décembre dernier.

FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec) - Développer la solidarité avec le mouvement syndical

La FEUQ, quant à elle, demande le gel des frais à partir de 2012. Son président, Louis-Philippe Savoie, est également satisfait de l’issue de la rencontre du 6 décembre 2010. Pour la suite des choses, la FEUQ mise sur deux stratégies  : 1) développer des solidarités avec le milieu syndical via l’Alliance sociale ; 2) faire rayonner l’étude de la FEUQ sur la condition de vie des étudiants qui démontre, entres autre, une précarisation grandissante des finances étudiantes.

Là non plus, la perspective de grève n’a pas été traitée dans les instances internes. On attend les annonces du ministre.

TACEQ (Table de concertation des associations étudiantes du Québec) - Pour des États généraux de l’éducation postsecondaire

Pour la TACEQ, le gel des frais de scolarité n’est pas un projet de société. La position officielle de cette centrale étudiante est « Contre toute hausse de frais de scolarité ».

Philippe Verrault-Julien, vice-secrétaire général de l’organisation, nous souligne que la TACEQ a de bonnes chances de continuer la mobilisation cet hiver dans le cadre d’une grande manifestation contre le budget Bachand.

Pour l’instant, si la TACEQ n’a pas encore discuté de grève dans ses instances, elle propose la tenue d’États généraux sur l’éducation postsecondaire pour tenir une réelle réflexion dans un forum ouvert.

En conclusion, il existe deux consensus entre les différentes centrales étudiantes  : 1) dégel il y aura, on ne sait juste pas quand ni comment ; 2) devant ce flou, il est prématuré de parler de grève générale. Cette réserve s’explique probablement par une volonté de construire une réelle gradation des moyens de pression, ce qui avait manqué en 2007. De plus, le fait que les centrales syndicales s’impliquent plus que jamais dans le débat contre le dégel ne peut que dynamiser le mouvement étudiant.

Advenant une bonne mobilisation contre le budget de mars 2011, le gouvernement Charest pourrait être tenté de reculer sur ce dossier. Il serait toutefois plus prudent de dépoussiérer quand même son carré rouge, juste au cas…


[1La première fois c’était en 1989 à l’initiative de Claude Ryan, ministre de l’Éducation dans le second gouvernement Bourassa.

[2Sa proposition est cosignée par d’anciens dirigeants des fédérations étudiantes. Précisons que la FECQ a depuis publiquement manifesté son mécontentement envers la position de son ancienne dirigeante.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème