Radio-Canada : un service public à protéger

No 38 - février / mars 2011

Radio-Canada : un service public à protéger

La qualité a un prix et la CSN a décidé de le mettre pour la sauver : une imposante campagne de défense et de promotion de Radio-Canada, si les employés-artisans-créateurs du diffuseur public le choisissent.
Je me suis engagé dans ladite campagne en partie parce que je dois beaucoup à cette essentielle institution. Mais surtout parce que, comme citoyen, j’ai besoin de rigueur dans l’information et de qualité dans le divertissement produits à Radio-Canada. Comme cela relève des membres du SCRC, c’est d’abord eux que vise l’exercice.
L’entreprise est audacieuse : plusieurs de mes anciens collègues voient dans la démarche syndicale un mélange de jovialisme et, pire, de soumission à une direction qui presse indûment le citron. Aucun doute, la critique est légitime : il y a des limites, déjà franchies à mon avis, à toujours faire plus avec moins ; à réfléchir sereinement en courant au galop ; à bien faire en faisant tout en même temps.
Mais devant les décisions des gestionnaires, il faut comprendre que travailler à Radio-Canada, ce n’est pas bosser pour tel ou tel patron, mais œuvrer pour le public qui paie les salaires. Les dirigeants, comme les fantassins, vont passer. L’institution, elle, doit demeurer.

Des options limitées

La situation ne va pas s’améliorer d’elle-même. En dollars constants, la contribution publique à Radio-Canada n’est même plus la moitié de ce qu’elle était il y a quinze ans. Et les revenus publicitaires de la télévision publique chutent dramatiquement, essentiellement dû à la multiplication des chaînes. Avec des contrecoups sur la qualité de la production dans toutes les émissions que le public finance.

Cela s’appelle faire face à un mur. Et avoir à décider de le regarder s’écrouler ou de le contourner. Évidemment, la réponse syndicale s’est imposée : s’atteler à convaincre la population qu’il faut accroître l’allocation gouvernementale, c’est-à-dire la sienne. Bien sûr, le chômeur, le parent en attente de place en garderie, le patient à l’urgence de l’hôpital ont d’autres priorités.

Par ailleurs, les groupes de discussion que la maison CROP a mis sur pied pour le compte du SCRC ont clairement indiqué l’attachement au diffuseur public, la reconnaissance de la qualité de sa production et son importance dans le paysage culturel. Que voilà des atouts ! Qu’il est le temps de jouer.

La convention collective courra encore deux ans ; seuls les obtus imagineront des «  gras durs » en train d’en réclamer encore plus au nom d’un intérêt public qui ne serait, en fait, que la somme de quelques intérêts individuels. Ou, horreur, corporatistes.

La concurrence

Le lock-out des employés de production en 2002 a été riche d’enseignements. Les témoignages d’attachement à la radio avaient été beaucoup plus nombreux que pour la télévision publique. Simple : la différence entre la radio de Radio-Canada et les radios privées est plus grande que celle entre la télé publique et les télés privées. La raison en est, elle aussi, fort simple : la première vit sans publicité, la deuxième en dépend largement.

Or, il ne faut pas s’y méprendre, la publicité influe sur le contenu. Pas par de grossières pressions de vendre telle ou telle salade, mais par un processus plus subtil, donc plus difficile à combattre.

Dans un lointain colloque du Conseil de Presse du Québec, un ancien président de Radio-Canada en avait donné l’illustration. Le budget d’une émission culturelle provenait à 40 % de commanditaires qui, normalement, achètent de la visibilité. La pérennité d’une telle émission, et de ses emplois et de ses employés, conduit inéluctablement à inviter des vedettes et non d’obscurs futurs ceci ou cela.

C’est la recette éprouvée des télés privées. D’où la similarité croissante du réseau public et des réseaux privés de télévision dans la production de divertissement. Et, conséquemment, la défidélisation envers le diffuseur public à cause de la distinction réduite entre les deux.

Et qui diantre veut payer des impôts en espèces sonnantes et trébuchantes pour obtenir ce qui est déjà accessible via des redevances et subventions déguisées dans le miasme de la réglementation ? Or, ce sont les «  Tout le monde en parle  » et autres « Virginie » qui procurent une partie des budgets des «  Enquête » et autres «  Découverte ». Cercle vicieux et nœud gordien viennent à l’esprit.

La cavalerie CSNienne

Il faisait plaisir, même chaud au cœur, au mordu de Radio-Canada que je suis d’entendre la présidente de la CSN, Mme Claudette Carbonneau, expliquer en novembre à des employés de Radio-Canada à Montréal la motivation de sa centrale syndicale à financer cette campagne. Dans le grand portrait, la voix et le regard détachés d’une institution au service de la collectivité ; une diversité essentielle à la démocratie, particulièrement hors des grands centres ; un diffuseur public qu’il faut protéger des pressions commerciales ; l’objet d’émulation pour les autres médias. Plus syndicalement, l’aspiration vers le haut dans les conditions de travail, salariales un peu, professionnelles surtout.

Pour 34 $ par année par citoyen.
Moins qu’une tasse de café par semaine.
Moins cher que le coût mensuel d’un quotidien.
Et tellement moins salissant.

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