Eduardo Galeano

Paroles vagabondes

Christian Brouillard

Eduardo Galeano, Paroles vagabondes, Montréal, Lux Éditeur, 2010, 331 p.

De l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano, on connaît bien l’ouvrage Les veines ouvertes de l’Amérique latine, magistrale étude qui expose minutieusement les mécanismes de dépossession et de pillage dont a été victime, depuis la colonisation espagnole, le continent latino-américain. Cependant, on connaît, sans doute, un peu moins bien l’aspect littéraire de l’œuvre de cet auteur. Cette lacune pourra être, partiellement, comblée par la lecture d’un recueil de contes et proses, Paroles vagabondes, réédité récemment en français par les éditions Lux et magnifiquement illustré par des gravures de José Francisco Borges.

Le titre de ce livre n’est pas anecdotique, car lire Galeano, c’est entrer dans un voyage avec les mots comme compagnons, voyage qui nous ouvre bien des fenêtres sur le monde. De ces lucarnes, notre regard plonge dans la réalité quotidienne, mais un quotidien transfiguré. À ce niveau, l’écriture de Galeano, puisant largement dans la mémoire collective latino-américaine, touche au sacré et au mythique, levant ainsi ces barrières que nous mettons entre le banal et l’extraordinaire, les humains et les animaux, le ciel et la terre, la vie et la mort ou le dicible et l’indicible. Parler devient, ainsi, un acte sacré qui dévoile les secrets du cosmos et du monde humain. C’est aussi un acte d’amour et de désir où « le corps dit : je suis une fête. » Cet aspect festif, et même carnavalesque, qui se dégage de ces écrits s’inscrit alors dans un refus de tout ce qui avilit et banalise la vie et l’humain.

Voilà donc un livre qui, même refermé, continuera, longtemps, à vous envoûter….

« La voix voyage et sans la bouche continue sa route. »

P.-S.

Lu par Christian Brouillard

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