Coach Canada et la reconnaissance syndicale

Une lutte acharnée

Émilie Nolet-Rousseau

À première vue, c’est une histoire ordinaire. Elle commence à l’automne 2009 lorsque les employés de Coach Canada décident de se syndiquer afin d’améliorer leurs conditions de travail. La campagne de syndicalisation se fait à pleine vitesse, le syndicat CSN choisi pour les représenter recevra rapidement l’assentiment de la majorité des travailleurs. Depuis, l’histoire prend une tournure moyenâgeuse, l’employeur multiplie les obstacles et refuse de reconnaître la légitimité de la nouvelle accréditation. On croyait certains droits acquis, pourtant ces salariés mènent une lutte tenace pour leur reconnaissance syndicale.

Ils sont environ 125, pour la plupart des conducteurs et des employés d’entretien, dans cette entreprise de voyages nolisés au Canada et aux États-Unis qui réalise également des tours de ville à Montréal ainsi que le transport vers l’aéroport Montréal-Trudeau. Le 14 octobre 2009, le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) les accrédite. Cependant, l’employeur multiplie les tentatives d’intimidation, allant jusqu’à mépriser les lois du travail les plus élémentaires. Celui-ci refuse en effet de reconnaître le nouveau syndicat, prétendant que les employés québécois doivent être représentés par la même unité d’accréditation que le groupe ontarien, soit le Syndicat uni du transport (SUT), section locale 1624. L’entreprise poursuivra l’injure en allant jusqu’à verser au syndicat ontarien les cotisations syndicales des Québécois. Le syndicat CSN a dû porter la cause devant les tribunaux pour que la compagnie soit contrainte de rectifier sa position. Les recours juridiques se multiplient, le syndicat déposera de nombreuses plaintes pour pratiques déloyales. L’employeur, lui, poursuivra les recours pour contester la légitimité de l’accréditation, bien que le CCRI réitère en 2010 que le syndicat CSN est l’agent négociateur et qu’il doit négocier avec celui-ci.

Ajoutant l’insulte à l’injure, la compagnie fusionne en janvier dernier les opérations des deux provinces. Les chauffeurs québécois, dont plusieurs sont unilingues francophones, recevront ainsi dorénavant leurs consignes par des répartiteurs anglophones directement de Peterborough en banlieue de Toronto. Ces travailleurs étant régis par la juridiction fédérale ne sont pas couverts par la Charte de la langue française.

L’employeur (dans sa grande bonté !) avait accordé un peu plus tôt une augmentation salariale similaire à celle accordée aux travailleurs ontariens. Toujours pour tenter de contrecarrer le désir de se syndiquer des travailleurs, celui-ci décide de récupérer rétroactivement l’augmentation salariale versée pendant quelques semaines. Les employés québécois verront ainsi leur paie amputée de façon importante en subissant du même coup une baisse salariale appréciable.

Comme si ce n’était pas assez, plusieurs travailleurs ont également été suspendus ou congédiés à la suite de leurs pratiques syndicales. Le vice-président du syndicat, Germain Albert, a été mis à pied et réembauché à deux reprises alors que le président, André Lévesque, a plutôt été congédié.

Heureusement, les tentatives d’intimidation de l’employeur ne semblent pas porter leurs fruits. Les travailleurs maintiennent le cap. Ils organisent des manifestations, des conférences, des campagnes de mobilisation. Leur courage est exemplaire, leur solidarité plus forte que jamais.

Devant la combativité des travailleurs et les nombreuses dénonciations de ces derniers, l’employeur n’a pas d’autre choix que de baisser tranquillement sa garde. Ainsi, une première rencontre en vue de négocier une première convention collective s’est tenue en octobre 2010. Des règlements pour les suspensions et les congédiements sont en voie d’être obtenus. Face à cette détermination, la compagnie a également récemment réembauché des répartiteurs francophones à Montréal, mais de jour seulement. La nuit, les conducteurs continuent de recevoir leurs directives en anglais.

Bien que les derniers évènements laissent à penser que des ententes seront bientôt conclues dans la majorité des dossiers et qu’une convention collective pourra éventuellement être signée, la bravoure de ces travailleurs face à un employeur intransigeant est un exemple qui mérite d’être souligné. Il faut aussi relever que certains droits, comme celui de se syndiquer, sont plus fragiles qu’on peut le croire. Il faut travailler pour les préserver. Souhaitons en cette fin d’année aux travailleurs québécois de Coach Canada une accalmie dans leurs relations de travail et surtout une convention collective grandement méritée !

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