Accueil du site > No 37 - déc. 2010 / jan. 2011 > Le cinéma politique de Pierre Falardeau

Bulletin d’histoire politique

Le cinéma politique de Pierre Falardeau

Paul Beaucage

Bulletin d’histoire politique, Le cinéma politique de Pierre Falardeau, Vol. 19, no 1, Montréal, VLB, 2010.

La dernière édition du Bulletin d’histoire politique réunit deux dossiers complémentaires. Le premier porte sur le cinéma politique de Pierre Falardeau, tandis que le second traite de la crise des partis politiques. En ce qui nous concerne, nous avons jeté notre dévolu sur la première de ces deux parties. Celle-ci se compose de cinq courts essais portant sur le réalisateur du Temps des bouffons (1993) et d’Octobre (1994). À notre avis, les plus intéressants sont ceux qu’ont écrits René Boulanger, un journaliste, ami de Falardeau, et Fabrice Montal, un chercheur de la Cinémathèque québécoise. Dans le cas de Boulanger, il nous livre un témoignage touchant sur les convictions nationalistes bien connues et sur le populisme du personnage. En ce qui a trait à Montal, il démontre avec habileté comment Pierre Falardeau s’est inspiré des écrits d’Albert Memmi (Le portrait d’un colonisé [1957]) et de Frantz Fanon (Les damnés de la terre [1961]) pour dénoncer le processus de colonisation dont ont été victimes les Québécois. D’où, la dimension anticoloniale de la plupart de ses films.

Malheureusement, les analyses de Mireille La France, historienne du cinéma, de Georges Privet, ancien chroniqueur du Voir et observateur attentif du septième art québécois, et de Sylvain Garel, historien du cinéma québécois, ne sont guère probantes. Pourtant, on ne saurait remettre en question la compétence de ces trois auteurs, qui possèdent une culture cinématographique appréciable. Les lacunes de leurs propos découlent surtout de la perspective hagiographique qu’ils adoptent pour juger de la contribution de Falardeau. Ainsi, Mireille La France procède à une comparaison fort boiteuse entre deux œuvres de Pierre Falardeau et deux œuvres de Michel Brault [1]. En insistant sur le caractère héroïque des figures falardiennes par opposition à la banalité des figures braldiennes, La France surestime les films de Falardeau et sous-estime ceux de Brault. N’empêche que la démarche la plus discutable de ce dossier reste celle de Georges Privet, qui tente de procéder à une réhabilitation éclatante de la série de métrages des Elvis Gratton que Falardeau a réalisés entre 1981 et 2004 [2]. Sans doute Privet considérera-t-il que nous « méprisons injustement » ces films, mais il apparaît déconcertant de le voir minimiser, à l’encontre de toute logique, les épouvantables défauts de ces œuvres, afin de louer leurs prétendues qualités documentaires. Pour sa part, Sylvain Garel, un observateur français de renom, fait un hommage de circonstance à Pierre Falardeau, le disparu. Toutefois, au-delà de son affection envers Falardeau et de son admiration pour le court métrage Speak White (1980), Garel ne nous apprend rien de significatif au sujet du cinéaste.

Au demeurant, cet ouvrage collectif portant sur le cinéma politique de Pierre Falardeau se révèle assez décevant en raison de l’absence d’une perspective critique par rapport au cinéaste de 15 février 1839. Dommage, puisque ce personnage truculent était emblématique des principales contradictions du Québec moderne. Peut-être faudra-t-il attendre quelques années avant de pouvoir lire un ouvrage assez rigoureux pour traiter adéquatement de la vie et de l’oeuvre de ce cinéaste-pamphlétaire, qui avait pour idoles Gilles Groulx et Pierre Perrault.

P.-S.

Lu par Paul Beaucage

NOTES

[1] L’historienne du cinéma compare successivement Octobre de Pierre Falardeau aux Ordres (1974) de Michel Brault, et 15 février 1839 (2001) de Falardeau à Quand je serai parti... vous vivrez encore (1998) de Brault. Dans les deux premiers cas, il s’agit de films de fiction politiques traitant de la crise d’Octobre, tandis que dans les deux autres cas, il s’agit de drames historico-politiques portant sur le sort de Patriotes ayant participé aux Rébellions de 1837 et 1838.

[2] Au fil du temps, Pierre Falardeau a consacré plusieurs métrages au personnage d’Elvis Gratton. Ceux-ci ont pour titres : Elvis Gratton (1981), Les vacances d’Elvis Gratton (1983), Pas encore Elvis Gratton ! (1985), Elvis Gratton : le king des kings (id.), Elvis Gratton, président du comité des intellectuels pour le non (1995), Elvis Gratton II : Miracle à Memphis (1999), Elvis Gratton XXX : la vengeance d’Elvis Wong (2004).

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