Accueil du site > No 37 - déc. 2010 / jan. 2011 > Une gauche possible, changement social et espace démocratique

Pierre Céré

Une gauche possible, changement social et espace démocratique

Alexandre Leduc

Pierre Céré, Une gauche possible, changement social et espace démocratique, Montréal, Éditions Liber, 2010.

Le livre introspectif de Pierre Céré s’inscrit dans une série de récents écrits d’acteurs politiques qui réfléchissent sur leur parcours militant en se proposant de renouveler la gauche québécoise (On a raison de se révolter. Chronique des années 1970 de Pierre Beaudet, Un certain espoir de Jean-Marc Piotte, etc. On pourrait faire remonter le genre jusqu’à Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières).

Cette réflexion nécessaire sur la gauche que nous voulons s’appuie sur une lecture critique de l’expérience de la gauche des 30 dernières années. Grâce à ce procédé, un jeune lecteur pourra parvenir à mieux comprendre l’évolution des grands courants de la gauche (syndicalisme étudiant, anarchisme, féminisme, marxisme-léninisme, etc.). À ce titre, ce sont les jeunes militants qui ont le plus à gagner de la lecture de ce genre d’ouvrage.

On se laisse facilement embarquer par l’auteur dans la fascinante aventure de la gauche québécoise, dont l’histoire demeure à faire. Issu des quartiers ouvriers d’Abitibi, Pierre Céré nous raconte les mouvements étudiants, les luttes ouvrières, la radicalisation du mouvement communautaire. Fait intéressant, l’auteur accorde beaucoup de place à la solidarité internationale, plus particulièrement avec le Chili et l’Amérique latine, où il a séjourné.

Si le récit est emballant, le propos politique manque parfois de clarté. Céré a préféré parler de valeurs et d’idées plutôt que de stratégie et d’élections. Alors que cette méthode présente la qualité de pouvoir bien mettre la table pour une discussion de fond, on n’en sort jamais complètement rassasié, car on finit immanquablement par se demander : mais comment tout ça va-t-il se mettre en place ? Lénine ne se demandait-il pas « Que faire ? »

L’auteur adresse quelques critiques aux formations et acteurs politiques. Selon lui, le PQ joue trop la carte identitaire, QS est trop idéologique et la culture militante des mouvements sociaux est trop rigide. On en vient à ne plus trop savoir ce que Pierre Céré désire. Faut-il réinvestir le PQ, faut-il que QS délaisse l’option socialiste pour une perspective plus sociale-démocrate, faut-il abandonner le terrain électoral ? En d’autres mots, quelle est la voie politique à suivre pour provoquer les changements décrits dans l’ouvrage ? Pour répondre à cette question, le lecteur devra se nourrir d’autres lectures.

Sur le fond du débat, l’auteur encadre la discussion autour de deux réalités complémentaires : l’échec du projet révolutionnaire et le caractère inéluctable du capitalisme. Les espérances déçues d’une révolution imminente dans les années 1970 suffisent à l’auteur pour dire qu’il n’est plus vraiment pertinent de s’intéresser aux écrivains révolutionnaires et que le mot socialisme est trop connoté pour être réactualisé par la gauche. Ici, on navigue en pleins préjugés.

Étonnamment, l’absence historique de la révolution annoncée suffit à l’auteur pour conclure que le capitalisme est là pour rester. Dans ce système, par défaut inégalitaire, Céré réduit le nouveau rôle de la gauche à la limitation de ses bavures. Tout travail visant à dépasser ce système serait voué à l’échec. Bien sûr, comment cela pourrait-il fonctionner maintenant si ça n’a pas fonctionné avant… ?

Autre constat décevant : Pierre Céré pige souvent dans un registre d’expressions galvaudées pour ridiculiser la gauche : gauchisme, dogmatisme, rigidité, etc. Un lecteur partisan d’une gauche plus radicale peut par conséquent se sentir inutilement insulté.

Finalement, plus le livre avance, plus on voit Pierre Céré « choisir son camp » et se réconcilier avec les idées progressistes. Avec éloquence, il critique vertement le dérapage identitaire des nationalistes et prône une révolution écologique. Comme quoi, lorsqu’on quitte le naturel, il revient au galop !

En conclusion, si l’exercice de Une gauche possible est louable en soi, on en vient à se demander à qui s’adresse le bouquin…

P.-S.

Lu par Alexandre Leduc

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