Une retraite à l’abri de la pauvreté

No 37 - déc. 2010 / jan. 2011

Les salariéEs du milieu communautaire

Une retraite à l’abri de la pauvreté

Les salariéEs du milieu communautaire et des groupes de femmes auront oeuvré au mieux-être de leurs concitoyenNEs tout au long de leur vie professionnelle pour se retrouver bien souvent, à leur retraite, avec des revenus sous le seuil de la pauvreté. Le régime de retraite par financement salarial des groupes communautaires et de femmes est une réponse adaptée à leurs besoins.

Travailler dans un groupe communautaire, un groupe de femmes, dans une entreprise d’économie sociale ou dans un organisme culturel rime souvent avec bas salaires et peu d’avantages sociaux. Les groupes-employeurs n’ont pas les moyens financiers de donner des avantages sociaux favorisant l’attraction et la rétention de leurs salariées et les bas salaires pratiqués dans les groupes ne favorisent pas les épargnes individuelles. Si bien que ces salariées ne pourront compter que sur les régimes publics de retraite qui sont insuffisants pour assurer un revenu au-dessus du seuil de pauvreté. Ainsi, si votre salaire est à 75 % du salaire industriel moyen, soit 35 400 $, vous recevrez un revenu de retraite de 18 237 $ (Pension de sécurité de vieillesse, Régie des rentes du Québec et Supplément de revenu garanti) alors que le seuil de pauvreté est évalué à 22 300 $ !

Conscients de cette situation, Relais-femmes et le Centre de formation populaire en sont venus à la conclusion suivante : les salariées, pour éviter la pauvreté lors de leur retraite, n’ont pas les moyens financiers de se passer d’un régime collectif de retraite. Bénéficiant du support pédagogique et technique de Michel Lizée du Service aux collectivités de l’UQAM et accompagnés d’un comité-conseil représentatif de différentes composantes des groupes communautaires et de femmes, ils ont élaboré un régime québécois de retraite adapté aux quelque 50 000 salariées de ce vaste secteur.

Un régime à prestations déterminées

Pour garantir le versement d’un revenu à la retraite, le choix s’est porté sur un régime à prestations déterminées par financement salarial, c’est-à-dire un régime où l’on garantit une rente qui s’appliquera indépendamment du rendement du régime, de sa situation financière ou de l’âge du décès. L’obligation de l’employeur se limite à verser la cotisation convenue : il n’exerce aucune forme de contrôle ou d’emprise sur la Caisse de retraite et n’est pas lié par d’éventuels déficits actuariels. Ce sont les participantes qui, collectivement, en assurent le contrôle, en supportent les risques et en retirent les bénéfices. Ce régime se distingue d’un régime à cotisations déterminées, qui s’apparente à un Régime enregistré d’épargne-retraite dont le montant des cotisations est connu, mais dont le revenu et la durée des rentes seront déterminés au moment de la retraite, selon la performance du régime et les aléas du marché. Dans ces deux derniers cas, le risque est individuel.

Pour garantir la stabilité du niveau de cotisation, le Régime s’est doté de politiques de financement et de placement qui privilégient une approche prudente, voire conservatrice. Ainsi, le Régime garantit tout au long de la retraite une rente annuelle de 10 $ pour chaque tranche de 100 $ investie dans la Caisse. Il met également sur pied une première réserve pour l’indexation : les rentes des participantEs et des bénéficiaires sont indexées lorsque le régime demeure capitalisé et solvable. Une deuxième réserve est constituée pour absorber les fluctuations négatives du marché.

Il s’agit d’un régime interentreprises qui permet la mobilité des salariées dans les différents groupes membres. Par respect pour l’autonomie des groupes, il revient à chacun d’eux de déterminer son niveau de cotisation, tout en respectant certaines règles : la cotisation totale employeur-salariéE doit être entre 2 et 18 % du revenu et l’employeur doit cotiser le même taux que les salariées ou davantage. En outre, les salariées peuvent y verser des cotisations individuelles additionnelles et y transférer leurs argents placés dans d’autres véhicules (RÉER par exemple).

L’administration du régime se veut conforme aux valeurs du secteur communautaire. Pour ce faire, il s’est doté d’une gouvernance représentative des différentes composantes des groupes participants, soucieuse d’une représentation adéquate des hommes et des femmes, en plus de refléter la contribution et le partage effectif du risque entre les participantes et les groupes. De plus, le Régime est muni de règles d’admissibilité axées sur l’équité et sur une réduction de la précarité. Enfin, lorsqu’il aura atteint une taille d’actifs suffisante, il souhaite se doter d’une politique et des pratiques de placement socialement responsables, dans le respect de son rôle de fiduciaire qui doit assurer le financement les rentes promises.

En octobre 2008, le Régime a vu le jour avec près de 1 000 adhérentEs. Vingt-deux mois plus tard, il compte 1 904 participantEs, 269 groupes et a en caisse 4 133 589 $. Pour nous connaître, visitez le site Internet www.regimeretraite.ca.

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