Accueil du site > No 41 - oct. / nov. 2011 > Une société à refaire : vers une écologie de la liberté

Murray Bookchin

Une société à refaire : vers une écologie de la liberté

Maxime Ouellet

Murray Bookchin, Une société à refaire : vers une écologie de la liberté, Montréal, Écosociété, 2010.

Les éditions Écosociété ont eu la bonne idée de rééditer Une société à refaire, la synthèse théorique et politique des idées du célèbre éco-anarchiste américain Murray Bookchin.

En avant-propos du livre, Bookchin nous explique, à partir d’une anecdote éclairante, les raisons qui ont motivé la rédaction de son ouvrage. Il s’agit en grande partie de l’incapacité des mouvements environnementalistes de produire une théorie cohérente en mesure de penser une société différente du modèle de croissance destructeur du capitalisme. Ce n’est pas que les environnementalistes de tout acabit n’aient pas une quelconque intuition des désastres environnementaux qu’induit la manière dont notre société est construite. Mais le naturalisme primitif de la plupart des environnementalistes fait que leur pensée se réduit le plus souvent à n’être que le pendant antinomique du libéralisme, lequel justifie son productivisme par la nécessité inéluctable de libérer l’humain de la domination que la nature exerce sur lui. Cette dualité nature/culture, soutient Bookchin, n’est que le produit social-historique de l’aliénation de l’être humain, de sa véritable nature, celle d’être un être social, donc de culture.

Contre le postmodernisme et son relativisme tronqué et l’anti-humanisme de l’écologie profonde, Bookchin propose une théorie du rapport entre l’humain et la nature, et également de l’humain avec lui-même, qui s’appuie sur une Raison dialectique. Aux militants qui, à l’instar des maoïstes, soutiennent qu’il faut privilégier l’action sur la pensée, il rappelle qu’il est nécessaire de produire une théorie de la société pour savoir où l’on s’en va. En théorie, l’écologie sociale selon Bookchin doit se fonder sur les valeurs qui animent les mouvements anarchistes depuis leur naissance. En pratique, l’écologie sociale doit prendre la forme d’un municipalisme libertaire.

En dépit des considérations hautement théoriques qui animent les propos de Bookchin, sa prose demeure accessible au grand public. Il montre qu’une réflexion politique digne de ce nom ne peut occulter les débats méta-politiques, voire ontologiques. Bref, avant d’agir, il faut déjà au préalable penser ce qu’on « est » et ce qu’on « fait ».

Dans le contexte de la crise écologique, économique, politique et civilisationnelle à laquelle nous assistons actuellement, la (re)lecture de Bookchin s’avère nécessaire. Si, comme le soutenait Razmig Keucheyan, dans la conclusion de son livre Hémisphère gauche, « l’écologie politique n’a pas encore produit son Marx » (Lux, 2010, p. 325), il apparaît évident que le futur « Marx écologiste » devra minimalement confronter sa pensée avec celle de Bookchin.

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