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Robert Michels

Les partis politiques

Yvan Perrier

Robert Michels, Les partis politiques, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2009, 271 p.

Il y a un siècle, paraissait une œuvre pionnière qui mérite d’être lue par celles et ceux qui luttent pour la mise en place d’un nouveau paradigme égalitaire et anti-autoritaire dans la vie sociale et politique. C’est en 1911 que fut publié pour la toute première fois l’ouvrage marquant de Robert Michels intitulé Les partis politiques. La thèse principale de l’auteur se résume comme suit : tous les partis politiques qui voient le jour dans le cadre de systèmes dits démocratiques ne correspondent pas à des modèles d’organisations démocratiques. Ce paradoxe vient du fait qu’au sein des organisations progressistes qui luttent pour l’égalité politique, sociale et économique, une rupture hiérarchique s’établit entre les responsables de l’organisation et les adhérents. Pour Michels, il s’agit là d’un phénomène qu’il synthétise dans la formule suivante : « La loi d’airain de l’oligarchie ». Phénomène qu’il a lui même été en mesure de constater à travers son engagement militant dans la social-démocratie allemande, le parti socialiste italien et finalement en flirtant avec le syndicalisme révolutionnaire de Sorel. On rapporte que Lénine prit en grippe Michels. L’histoire du XXe siècle nous montre que ce dernier avait mieux flairé que le premier le piège de cette pensée politique qui postulait que la révolution socialiste se réaliserait via la dictature du parti communiste. Déçu par le processus de bureaucratisation des partis socialistes et sociaux-démocrates, qui étaient des organisations politiques assez récentes à son époque, Michels termina ses jours dans les rangs du fascisme italien. Convenons qu’il s’agit là d’une fin de parcours de vie complètement inacceptable.

Ce personnage « parfaitement imparfait », inspiré par Max Weber, a été un des tous premiers à comprendre les risques inhérents au phénomène des structures hiérarchiques qui rendent indispensables la présence de leaders pour mener à bien les activités d’une organisation politique ou syndicale. Il en fera d’ailleurs la cause principale de la loi d’airain de l’oligarchie.

« Or, abstraction faite de la tendance des chefs à s’organiser et à se coaliser, abstraction faite aussi de leur reconnaissance par les masses immobiles et passives, nous pouvons dire dans cette conclusion que la principale cause des phénomènes oligarchiques se manifestant au sein des partis démocratiques consiste dans ce fait que les chefs sont techniquement indispensables. » (p. 261)

À l’heure où il urge de s’interroger sur la nature du nouveau lien social et politique à instaurer pour supprimer le mode de production inégalitaire, anti-démocratique et anti-écologique qu’est le capitalisme, il importe de se dire que la voie de l’émancipation devra aussi s’attaquer aux structures organisationnelles partisanes. Les structures politiques existantes illustrent à merveille que la démocratie est toujours un mot pompeux qui désigne quelque chose qui n’existe pas encore tout à fait. À la fin de la lecture de ce livre, il vous restera, à coup sûr, le début d’une fine couche susceptible de vous immuniser lors de vos prochaines déceptions dans votre vie militante.

ARTICLE ÉCRIT PAR
Yvan Perrier

Politologue, professeur au Cégep du Vieux-Montréal

Chercheur-asssocié, Centre de recherche en droit public (CRDP), Université de Montréal

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