Colombie : notre solidarité

No 41 - oct. / nov. 2011

International

Colombie : notre solidarité

Un territoire à décoloniser

Le Projet accompagnement solidarité Colom­bie, auquel nous appartenons, est un collectif militant basé à Montréal, issu des mobilisations contre le Sommet des Amé­riques à Québec en 2001. Il participe depuis 2003 à la création de réseaux de solidarité directe avec des communautés résistant à la pénétration du développement capitaliste sur leurs terres.

Le PASC anime aussi un réseau de solidarité avec les prisonniers et prisonnières politiques colombiens ainsi qu’une campagne intitulée « Ciblons les profiteurs canadiens de la guerre », inscrivant ainsi les enjeux colombiens au sein des dynamiques plus globales que représentent la criminalisation de la résistance et l’impérialisme économique et militaire du Nord. Dans le Cahier qui décrit nos activités, nous définissons nos objectifs de la manière suivante :
« Lorsque nous clamons notre solidarité avec les peuples du Sud, que nous exigeons pour eux (ou avec eux ?) des droits et du développement, nous lançons cet appel depuis nos écoles, notre confort, notre sécurité. Avant nous, d’autres bonnes intentions ont été formulées à l’égard des “peuples étrangers” pour leur apporter les bienfaits de notre civilisation, de notre modernité. Il y a 500 ans, l’Occident prétendait exporter ses valeurs hors de ses frontières, l’entreprise s’est soldée par le génocide et l’esclavage de millions d’êtres humains. Ces cicatrices divisent aujourd’hui le monde. En tant qu’Occidentaux, lorsque nous parlons du “Sud” ou des pays “sous-développés”, nous parlons de cette histoire coloniale. Et lorsque notre gouvernement prétend exporter la paix, les droits et la démocratie, c’est cette même histoire qui se poursuit sous les bottes de nos soldats, derrière les dollars investis par nos compagnies. Nous tissons des liens avec les perdantes de cette histoire et, puisque nous voyons en eux et elles nos égaux, nous refusons de croire en la fatalité de leur pauvreté et de leur “retard” : nous accusons un système qui érige son pouvoir en les écrasant. Pourtant, nous sommes confortablement installées au centre de sa victoire, jouissant des privilèges du peuple conquérant [1]. »

Les défis rencontrés dans l’organisation d’un projet d’accompagnement en Colombie nous ont amenés à reconnaître que lorsque l’on s’engage dans un processus de « solidarité avec », nous nous retrouvons en permanence aux prises avec une série de contradictions s’immisçant entre notre position privilégiée et notre désir d’égalité. Autant les personnes engagées dans des actions de solidarité internationale depuis leur terre natale que les coopérantes qui travaillent à l’étranger possèdent des privilèges propres à leur position de Canadiennes : la citoyenneté, le passe­port, l’image du Canada sur la scène internationale sont autant d’éléments, en apparence banals, qui confèrent à celle ou celui qui les possède des privilèges indéniables.

Les doutes et les malaises qu’a fait émerger la possession de ces privilèges nous a conduits à vouloir retrouver nos racines, à nous réinscrire dans l’histoire pour comprendre à quoi nous participions vraiment. Notre solidarité sous quelques formes qu’elle s’exprime n’échappe pas aux rapports de pouvoir inégaux entre le Nord et le Sud. Ceux-ci sont structurés par le système mondial capitaliste actuel, lequel s’est construit à travers les guerres coloniales et continue, de nos jours, à s’approfondir sous le contrôle impérialiste des entreprises du Nord, de leurs États et de leurs institutions internationales. Les pays qui « donnent » sont ceux qui ont profité pendant des siècles du pillage des pays aujourd’hui contraints à quémander ou à accepter « l’aide ». L’aide publique au développement (APD) trouve sa signification dans le contexte du système colonial qui l’a vu naître ; elle répond aux intérêts politiques et écono­miques des donateurs. Pour les États impérialistes de l’Europe et de l’Amérique du Nord, l’« aide internationale » est un outil stratégique pour le contrôle territorial et l’expansion économique. Au sein de cette stratégie, ces États s’appuient sur l’action des ONG qu’ils financent pour légitimer la domination du bienfaiteur, tout comme les bonnes œuvres des missionnaires participaient à l’acceptation de l’Empire colonial. Les autres formes de solidarité internationale (charité, action humanitaire, internationalisme) questionnent-elles le rapport de pouvoir (inégal) entre le Nord et le Sud ? Est-il possible de mener des actions de solidarité internationale qui déconstruisent les privilèges et les rapports de pouvoir ?

Pour en discuter de manière collective, le PASC propose des ateliers de réflexion avec des personnes engagées en solidarité internationale, des organismes de coopération, des groupes communautaires, syndicaux ou étudiants.


[1Extrait du Cahier Notre solidarité, un territoire à décoloniser. Le Cahier est disponible en ligne au www.
pasc.ca/decolo ainsi qu’une boîte à outils pour animer des ateliers sur le sujet. On pourra obtenir une version papier en contactant le PASC.info@pasc.ca.

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