Reprendre l’offensive

No 75 - été 2018

Santé

Reprendre l’offensive

Le gouvernement de Philippe Couillard a eu quatre ans pour attaquer, comme on l’a rarement vu, les services publics. Pendant ce mandat, il s’est réservé le plaisir d’affaiblir les centaines de milliers de personnes qui sont responsables de livrer ces services au quotidien.

C’est ce que l’on constate quand on pense à la réforme Barrette, qui prend le personnel pour des pions à déplacer. Cette réforme a des impacts dévastateurs dans la santé et dans les services sociaux. Concernant les services sociaux, le ministre fait reculer le système de 50 ans.

Des attaques dans tous les domaines

Pensons aussi à la réforme du financement des services de garde éducatifs, réforme qui a carrément fait la promotion des garderies privées à but lucratif, malgré la qualité inférieure de ces dernières. Pensons aux services préhospitaliers, qui sont abandonnés par le gouvernement. C’est la même chose pour les centres d’hébergement privés pour les aîné·e·s. Le gouvernement favorise le privé et se déresponsabilise des conditions de travail des gens qui y travaillent. Je n’ai jamais vu pareil assaut contre les travailleuses et travailleurs du réseau de la santé, des services sociaux et des services de garde.

Le personnel tient à bout de bras ces réseaux depuis tellement d’années. Ce n’est pas étonnant que la fatigue s’installe. Ce qui est surprenant après quatre ans de ce type de politiques qui sapent les fondements du service public, c’est le fait que le personnel dans son ensemble ne s’est pas encore dit, « c’est assez, je lâche ». Il faut dire que les femmes qui composent majoritairement ces milieux de travail ont à cœur les services qu’elles donnent au quotidien. Et si on regarde de près, il est impressionnant de voir qu’il y a des poches de résistance assez importantes.

Prenons quelques exemples. Dans les centres de la petite enfance (CPE), nous avons des syndicats qui — au moment d’écrire ces lignes — viennent d’adopter leur deuxième vote de grève pour la même convention collective. Il reste plusieurs clauses locales et régionales à régler et la détermination pour y arriver est intacte. Les membres participent activement à leurs assemblées. Les votes de grève passent avec des taux avoisinant les 90%.

Dans les services préhospitaliers, la détermination des paramédicaux d’améliorer leurs conditions de travail a eu un impact positif pour améliorer à la fois leurs conditions d’exercice et les services dans plusieurs coins du Québec.

Dans les services parapublics, nos syndicats sont en pleine mobilisation. Les employé·e·s de soutien d’Urgences-santé (répartitrices et répartiteurs médicaux et employé·e·s de bureau) viennent de renouveler un mandat de grève face à une négociation qui perdure depuis des années.

Même chose chez Héma-Québec, où le syndicat vient de se doter d’un mandat de grève à utiliser au moment jugé opportun. Je peux vous assurer qu’il n’y avait aucune ambiguïté lors de l’assemblée de vote de grève : le monde est déterminé.

Dans le secteur public, où les syndicats locaux sont en négociation locale, nous voyons de belles initiatives pour nous faire entendre, que ça soit des sit-in, l’utilisation des médias sociaux ou des moyens de visibilité locale.

Un défi énorme

Cependant, tout n’est pas rose. Face aux attaques répétées, une certaine fatigue s’installe. De plus, il y a des membres qui se demandent si leur syndicat (quand ce n’est pas les syndicats en général) est capable d’organiser la riposte qu’il faut pour que les choses s’améliorent.

Il est clair que le défi devant nous est énorme. Pour réussir à arrêter le rouleau compresseur que conduisent Barrette et Couillard, il va falloir continuer à penser à des moyens accessibles à notre monde. Il va falloir canaliser le désarroi sans précédent que nous ressentons lorsque nous rencontrons nos membres – entendre ce désarroi est le premier pas nécessaire. Il faut canaliser ce désarroi pour améliorer le sort du monde. C’est le défi que nous poursuivons en ce moment. Ça prendra des moyens originaux et qui sont accessibles à nos membres pour reprendre l’offensive.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème