L’auteur est président du conseil d’administration de SLAM.

Photo : Gracieuseté de SLAM, octobre 2016 (Yves Nantel).

Dossier : Bouger des montagnes.

Dossier : Bouger des montagnes. Les Laurentides engagées !

Solidaires de l’Amérique centrale !

Solidarité Laurentides Amérique centrale (SLAM) est un organisme de coopération internationale. Né au début des années 1980, dans la foulée du vaste mouvement de solidarité internationale à l’endroit des peuples hondurien, guatémaltèque, nicaraguayen et salvadorien, il est solidaire de leurs luttes contre les dictatures militaires soutenues par l’impérialisme étatsunien.

Le renversement du dictateur Somoza au Nicaragua, en 1979, par les forces insurrectionnelles du Front sandiniste de libération nationale, suivi de la riposte militaire étatsunienne [1], allait cristalliser ce mouvement. C’est ainsi qu’à l’instar de beaucoup de progressistes du monde entier, les personnes qui ont fondé SLAM se sont montrées solidaires de la révolution nicaraguayenne. Certaines l’ont fait dans l’esprit des brigades internationalistes des années 1930, qui se sont portées à la défense des républicain·e·s espagnol·e·s qui luttaient contre le fascisme alors que d’autres ont été inspirées par la théologie de la libération. De 1984 à 1990, SLAM a participé à diverses campagnes nationales telles Outils de paix et le Marathon de Montréal. La première visait à recueillir des fonds et du matériel en santé et en éducation pour le Nicaragua. Aussi, plusieurs membres de SLAM ont couru le marathon en sollicitant des contributions pour les peuples en lutte d’Amérique centrale.

SLAM a organisé aussi des projections de films, des conférences et des rencontres avec des Centraméricain·e·s. De plus, chaque été, il a mis sur pied, avec le Movimiento de Expresión Campesina y Teatral, notre partenaire terrain, une brigade de travail d’une dizaine de personnes des Laurentides pour soutenir divers projets collectifs horticoles portés par des femmes. Aussi, SLAM a plaidé auprès des autorités politiques le droit fondamental d’un peuple à se libérer de ses oppresseurs et à choisir son propre modèle de développement.

Du Nicaragua au Guatemala

À partir de 1990, à la suite de la défaite électorale des sandinistes, SLAM a graduellement orienté son travail de solidarité vers le Guatemala, où s’était amorcé un processus de négociations d’accords de paix visant à mettre fin à plus de trente années de guerre civile (plus de 200000 personnes mortes, 40000 personnes disparues, des centaines de communautés et de villages détruits, 500000 personnes réfugiées au Mexique et un million de personnes déplacées à l’intérieur du pays). Cette guerre civile a été qualifiée, par l’ONU, de génocide. Les accords de paix ont notamment permis le retour au pays des Guatémaltèques qui s’étaient réfugié·e·s au Mexique. Pour soutenir ce retour, SLAM s’est joint à des organismes de solidarité de Montréal pour fonder, en 1992, le Projet Accompagnement Québec Guatemala.

Par la suite, SLAM, avec d’autres organismes tels Développement et Paix, s’est investi pour créer, en 1997, le Réseau québécois de solidarité avec le Guatemala. Ce dernier a mobilisé 93 organismes syndicaux, communautaires et de solidarité internationale autour de la publication d’une déclaration dans le plus important quotidien du Guatemala. La déclaration s’adressait aux différentes instances guatémaltèques les appelant à appliquer le contenu des accords de paix, signés à la fin de 1996.

Le Réseau rassembla également des porte-parole de 16 différents organismes québécois représentant la plupart des secteurs de notre société pour une importante délégation qui se rendit au Guatemala en 1998, suite à l’assassinat de Mgr Gerardi, deux jours après la publication de Nunca más « Jamais plus », rapport dévastateur à l’endroit de l’armée responsable de plus de 93% des exactions recensées pendant la guerre civile.

Coopération internationale

À partir de la fin des années 90, SLAM s’est aussi consacré de façon plus intensive au travail de coopération internationale avec des projets favorisant l’autonomisation de communautés paysannes de différents départements du Guatemala (Alta Verapaz, le Petén, Sololá, etc.). Nous avons comme partenaire au Guatemala un organisme paysan, le Comité campesino del altiplano (CCDA) [2]. Des communautés paysannes de presque tous les départements du pays en sont membres. Le CCDA accompagne ces communautés en les soutenant dans le développement d’une agriculture familiale durable autant sur le plan technique qu’organisationnel et économique. Le CCDA accompagne aussi ces communautés dans leurs représentations auprès des différentes instances gouvernementales.

Éducation à la citoyenneté mondiale

Durant cette même période, SLAM s’est activé aussi dans les Laurentides en tant qu’organisme communautaire et a participé, avec une demi-douzaine d’organismes régionaux, à la création du Forum populaire Laurentides avec pour objectif de susciter réflexion et concertation sur des solutions alternatives au néolibéralisme et à ses politiques d’ajustement structurel.

SLAM fait de l’éducation à la citoyenneté mondiale dans les Laurentides depuis près de 35 ans sous différentes formes (promotion du commerce équitable, organisation d’expositions, de spectacles, de conférences grand public et de colloques, projections de films, animations dans les écoles et dans les cégeps et auprès de groupes de jeunes, organisation de stages de solidarité internationale). Chaque année, SLAM coordonne la programmation et la tenue des activités des Journées québécoises de la solidarité internationale dans les Laurentides.

Enfin, SLAM s’est impliqué activement dans des campagnes et au sein du Réseau canadien de reddition de comptes des entreprises, demandant la création d’un poste d’ombudsman pour que cesse l’impunité dont jouit particulièrement l’industrie extractive canadienne dans ses activités dans les pays en développement puisque près de 2/3 des minières dans le monde sont enregistrées au Canada. Après plus de 10 ans de pression sur le fédéral, le gouvernement Trudeau vient d’annoncer la création d’un poste d’ombudsman qui, nous l’espérons, aura toute l’indépendance pour rappeler à l’ordre des compagnies récalcitrantes et réparer les dommages commis au détriment de ces populations.

www.slamlaurentides.org


[1Ronald Reagan, alors président des États-Unis, mènera une « guerre de basse intensité », incluant le terrorisme, via le Honduras, pressé de tuer dans l’œuf un autre Cuba potentiel.

[2Un des produits biologiques équitables dont nous faisons la promotion est le café Justicia du CCDA.

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