Dossier : Bouger des montagnes.

Dossier : Bouger des montagnes. Les Laurentides engagées !

Féministes tant qu’il le faudra

L’histoire des femmes est jalonnée de luttes pour s’approprier le contrôle de leur corps et de leur pensée, pour avoir la liberté de s’exprimer et pour jouir de droits égaux à ceux des hommes dans tous les domaines de la vie. Dans notre région, c’est le Réseau des femmes des Laurentides (RFL) qui, depuis trente ans, rassemble et porte la voix des groupes de femmes.

Le rôle du RFL est de faire connaître les réalités spécifiques des femmes et de s’assurer qu’elles soient mieux connues, reconnues et prises en compte sur les plans locaux et régionaux. Le défi est grand, puisque la condition féminine est rarement une priorité des décideurs·euses. Au fil des ans, les travailleuses et les membres ont développé diverses expertises et réalisé de nombreux projets porteurs qui ont contribué à l’amélioration des conditions de vie des Laurentidiennes. Ceux-ci s’insèrent à l’intérieur de quatre grands enjeux jugés prioritaires.

L’autonomie économique

En tant que prérequis à l’égalité, ce premier enjeu est intimement lié à la liberté de choix dans tous les aspects de la vie. Or, dans les Laurentides comme ailleurs, le revenu moyen d’emploi des travailleuses est moins élevé que celui des travailleurs et les femmes sont plus susceptibles de travailler à temps partiel, ce qui entraîne des problèmes importants en matière de qualité et de sécurité d’emploi, de rémunération et d’avantages sociaux. Les mesures d’austérité gouvernementales ont quant à elles amené des compressions importantes dans des milieux déjà sous-financés et majoritairement occupés par des femmes, tels que la santé, l’éducation ainsi que le communautaire.

Il faut savoir également que la région compte huit municipalités régionales de comté et territoires équivalents qui présentent des caractéristiques distinctes sur le plan environnemental, social et économique. Certains territoires sont plus prospères, alors que d’autres sont touchés par des problématiques importantes de pauvreté, des lacunes en matière de transport collectif qui rendent difficile l’accès aux ressources et au milieu du travail, ainsi qu’un taux de violence et de criminalité plus élevé. Les femmes ne sont pas étrangères à ces réalités.

C’est pourquoi le RFL a organisé, dans le cadre de son congrès régional Empreintes de femmes en 2015, des ateliers portant notamment sur les impacts du décrochage scolaire chez les filles, sur l’importance des choix éducationnels et professionnels et sur les enjeux de conciliation travail, famille et vie personnelle. Il a également produit un magazine web s’adressant aux jeunes de la 3e et 4e année du primaire visant à déconstruire les stéréotypes sexuels et à encourager les filles à ouvrir grand leurs horizons quant à leur avenir professionnel. Le congrès a aussi pris part à des initiatives visant l’intégration et le maintien en emploi des femmes dans les métiers traditionnellement masculins qui offrent habituellement des conditions plus généreuses.

La parité dans la gouvernance

Au cours des vingt dernières années, le RFL a développé une expertise pointue en ce qui concerne la relation qu’ont les femmes avec le pouvoir, tant dans la sphère privée que publique. À travers des activités de formations, conférences, mentorat, réseautage, mise en valeur de femmes inspirantes, promotion de la parité et autres, le RFL a outillé des centaines de femmes et contribué à réduire les obstacles qui les empêchent de participer pleinement à l’exercice du pouvoir au sein des instances. Ainsi, depuis les élections de 2017, 52,6% des conseils municipaux de la région sont paritaires, 21 des 76 municipalités sont dirigées par des mairesses et 179 conseillères municipales occupent les 428 postes disponibles.

Mais le financement de ces activités, provenant d’un programme provincial, n’est pas récurrent et ne permet pas la constance des actions. C’est ainsi que le RFL et la région se sont retrouvés sans financement pour soutenir les candidates pendant la campagne municipale de 2017. Une situation tout à fait déplorable.

Violences

Ce troisième enjeu revêt plusieurs visages : agressions ou exploitations sexuelles, violence conjugale, crimes contre la personne, cyberintimidation, harcèlement, violence psychologique, contrôle financier, etc. Peu importe la forme qu’il prend, il est une manifestation extrême des inégalités persistantes entre les femmes et les hommes. Tristement, on remarque que les violences envers les femmes demeurent une problématique répandue, à tous les âges et dans tous les milieux socioéconomiques. Les Laurentides ne font pas exception.

Les groupes membres du RFL sont des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants, des centres de femmes, des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et des comités de la condition féminine dans les syndicats et organisations mixtes. Chacun d’eux a développé des expertises spécifiques sur les différentes formes de violences faites aux femmes. Parmi leurs initiatives, notons la réalisation récente de deux documentaires à portée régionale, voire nationale, par la Maison d’Ariane : Nouveau départ, présentant les témoignages de cinq femmes qui ont vécu de la violence conjugale, et En quête de protection, qui porte un regard sur les impacts des interventions sociojudiciaires sur la relation mère-enfants en contexte de violence conjugale au Québec.

Santé

Puisque les femmes utilisent les services non seulement pour elles-mêmes, mais aussi très souvent pour leurs enfants ou pour leurs proches, les difficultés d’accès aux soins médicaux de première ligne pèsent lourdement sur les femmes à l’égard du temps d’attente, des responsabilités alourdies et de l’épuisement. Or, les Laurentides souffrent d’un important déficit de ressources dans l’ensemble du réseau de santé, évalué en 2012 à 57,2 M$ par la défunte Agence de la santé et des services sociaux. Non seulement la région se classe-t-elle au 4e rang en termes de population parmi les 17 régions administratives du Québec, elle connaît en plus une croissance démographique impressionnante. Selon l’Institut de la statistique du Québec, celle-ci devrait augmenter de 5,9% entre 2016 et 2021, une croissance bien au-dessus de la moyenne québécoise (+3,8%). La distribution des enveloppes budgétaires ne semble toutefois pas tenir compte de cette réalité.

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement du Québec annonçait un financement supplémentaire de 45,7M$ pour améliorer les services de première ligne ainsi que les services spécialisés du Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides. À quelques mois des élections provinciales, la stratégie des grandes promesses est connue. Reste à voir comment elle sera appliquée en fonction du résultat électoral.

Rassembler les forces

L’année 2015 a marqué la fin des ententes régionales sur l’égalité entre les femmes et les hommes, mises en place par le Secrétariat à la condition féminine (SCF) en 2007. Celles-ci ont permis le déploiement de projets grâce à des investissements de près de 900000$. Depuis, le développement de partenariats est à reconstruire pour remettre l’égalité à l’avant-plan et les fonds manquent cruellement. À titre d’exemple, le RFL avait mobilisé près de 150 acteurs clés autour du congrès Empreintes de femmes. Celui-ci, finaliste au Prix égalité 2011 décerné par le SCF, a par la suite été relégué aux oubliettes faute de ressources financières pour poursuivre les actions. Une triste réalité qui n’est malheureusement pas unique.

Trois ans plus tard, une nouvelle subvention permet au RFL de redonner vie au projet intitulé cette fois Le prochain pas. Les actions seront donc intensifiées pour amener la région à poser des gestes concrets pour lutter contre les violences envers les femmes et leur permettre d’acquérir leur autonomie économique.

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