L’esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total

No 35 - été 2010

Alain Supiot

L’esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total

L’esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total Alain Supliot, Seuil, Paris, 2010

Dans L’esprit de Philadelphie, le juriste Alain Supiot propose une analyse des mutations néolibérales du droit international. Pour Supiot, l’esprit de Philadelphie renvoie à la première déclaration internationale des droits à vocation internationale proclamée en 1944. Cette déclaration visait à édifier, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un nouvel ordre fondé sur le droit et la justice sociale qui viendrait remplacer l’ordre ancien édifié sur la force et le libre-marché. Or, depuis plus de 30 ans de contre-réforme néolibérale, on observe un retour en force d’une barbarie qui prend la forme d’un mariage pour le moins inusité entre le communisme et le capitalisme. Ce nouvel amalgame idéologique prend appui à la fois sur le scientisme et l’économisme propre aux régimes staliniens, et sur l’autorégulation des marchés promue par les politiciens néolibéraux. Les mutations contemporaines du droit international participent ainsi à une dépolitisation des rapports sociaux où la démocratie apparaît de plus en plus comme un pur artifice. À ce titre, la Chine pourrait être un exemple probant de ce système hybride qui conjugue à la fois la mise en concurrence de tous contre tous et la démocratie limitée.
Face aux dérives du nouvel ordre mondial, Supiot propose de renouer avec l’esprit de Philadelphie dans une perspective de démocratie cosmopolite. Bien que les réformes proposées par Supiot possèdent certaines limites, principalement dues à un idéalisme qu’on retrouve chez la plupart des auteurs en droit international, sa réflexion a néanmoins le mérite de s’attaquer aux fondements sociologiques du droit. Ce livre montre le rôle constitutif des institutions juridiques dans la structuration des rapports sociaux, qu’on ne peut réduire à de simples voiles qui viendraient masquer les rapports d’exploitation. En ce sens, il devrait intéresser les lecteurs qui réfléchissent aux alternatives à l’ordre mondial actuel en attirant l’attention sur la nécessité d’investir le domaine du droit.

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