Le lobby sioniste

No 35 - été 2010

Droits et démocratie

Le lobby sioniste

Droits et Démocratie a toujours été un organisme ambigu. Créé par Mulroney pour offrir un job à Ed Broadbent qui prenait sa retraite, il est financé par le Parlement, et son conseil d’administration est nommé par le gouvernement. Pendant 15 ans, perçu à tort comme une ONG, il a fidèlement servi le Canada comme rampe de lancement de ballons d’essais politiques. Il servait, dans le domaine des droits, à tester ou à promouvoir indirectement une politique que l’État ne voulait pas assumer directement. Contestée, le gouvernement se distançait de l’initiative en arguant l’indépendance de Droits et Démocratie ; vantée, elle devenait une action « canadienne ».

Cela aurait pu continuer longtemps si les sionistes aux abois n’avaient décidé de passer à l’attaque. Pourquoi ?

L’impunité des crimes de guerre et contre l’humanité au Liban, à Gaza et dans les territoires occupés depuis des décennies venait du veto des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU, empêchant la mise en œuvre de tout recours international.

Mais les États ont commencé à prendre au sérieux l’obligation qui leur est faite aux Conventions de Genève non seulement de « respecter », mais aussi de « faire respecter » le droit humanitaire. L’Espagne, la Belgique, le Canada, l’Allemagne et Israël ont adopté des lois dites « de compétence universelle » leur permettant de juger les crimes internationaux commis ailleurs. Les États-Unis ont vu des avocats ressusciter l’Alien Tort Claims Act. Les exécutions massives à Gaza en 2009 (et non celles de 1956) ont suscité partout une réprobation telle que les responsables israéliens peuvent difficilement sortir de leur pays sans craindre une arrestation.

D’où leur réplique contre ce qu’ils appellent le LAWFARE, ce « terrorisme juridique » qui utilise les tribunaux pour tenter d’empêcher Israël de violer impunément le droit international et humanitaire. La Suisse, l’Angleterre et la Belgique ont dû revoir leurs lois sous les pressions israéliennes.

Un organisme israélien, NGO Monitor, s’est mis à la recherche de tous les groupes appuyant la défense des droits humains au Moyen-Orient pour les dénoncer comme des supporteurs du terrorisme. Les lobbys sionistes ont fait pression en Europe et en Amérique du Nord pour que les gouvernements cessent de financer ces groupes. Les victimes les plus médiatisées au Canada sont Kairos (un organisme œcuménique d’aide), Alternatives et Droits et Démocratie ; mais plusieurs autres restent à couvert, terrifiés par la puissance de ces lobbys. Leur dernière attaque vise les organismes de bienfaisance. On menace leurs déductions fiscales en qualifiant de « politique » l’appui à des organismes qui dénoncent les violations israéliennes des droits de l’Homme.

La gravité du virage pro-sioniste, aussi bien de Harper que d’Ignatieff, vient du fait que cela met en cause la liberté politique et de parole des Canadiens, maintenant systématiquement discriminés et réprimés s’ils osent condamner les criminels israéliens et appuyer les victimes palestiniennes. Le député britannique Galloway a été refoulé du Canada parce que « terroriste » : il avait conduit un convoi pour forcer le blocus de Gaza et y nourrir les Palestiniens. Comme à l’ère du maccarthysme, ne pouvant discuter librement, c’est notre démocratie qui est violée.

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