BDS ou la résistance pacifique palestinienne

No 35 - été 2010

International

BDS ou la résistance pacifique palestinienne

La terrible réalité de la situation sur le terrain en Palestine occupée fait du boycott total d’Israël et des institutions complices non seulement une obligation morale, mais aussi une nécessité politique urgente pour empêcher le génocide et une explosion incontrôlable de l’ensemble du système géopolitique moyen oriental. - Omar Barghouti [1]

Omar Barghouti est un des penseurs et des initiateurs de la campagne internationale de Boycott, Désinvestissements et Sanctions. Sans relâche, il insiste sur l’urgence du moment ; on le sent pressé car « Israël n’est plus « seulement » coupable d’occupation, de colonisation et d’apartheid mais il s’est lancé dans la phase finale de sa tentative « d’évaporation », littéralement, du « problème palestinien [2]. » Il suffit de jeter un coup d’oeil, – même distrait ! – sur une carte géographique illustrant l’évolution de la Palestine historique depuis 1948, pour se rendre compte qu’on assiste à la réalisation du projet sioniste : la programmation de la disparition du peuple palestinien en tant que peuple.
L’urgence d’agir rejoint du même coup l’importance pour la société civile, toutes orientations politiques confondues, de (re)constituer un leadership politique fort, ancré dans une longue tradition de résistance populaire non violente en Palestine [3]. La résistance exemplaire du petit village de Bill’in en donne un autre témoignage éloquent [4]

D’où vient l’appel à cette campagne ?

Le 9 juillet 2005, un an exactement après l’injonction de la Cour internationale de justice exigeant le démantèlement du Mur, 172 organisations de la société civile palestinienne ont appelé la société civile internationale à s’engager dans une campagne de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS) contre les politiques d’apartheid israéliennes qui violent systématiquement le droit international et les droits des Palestiniennes depuis des décennies. Ces organisations représentent les trois composantes du peuple palestinien : les Palestiniennes vivant sous occupation (Cisjordanie et Gaza) ; les Palestiniennes citoyennes d’Israël et les réfugiées. « Nous, représentants de la société civile palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid. Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos États respectifs afin qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël. »

Dans leur appel, les Palestiniennes évoquent avec raison la similitude entre leur situation et celle de l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. Mgr Desmond Tutu, archevêque de l’Afrique du Sud, avait d’ailleurs déclaré en avril 2002 : « J’ai été très profondément bouleversé lors de ma visite en Terre Sainte ; cela me rappelait tellement ce qui nous est arrivé à nous, les Noirs, en Afrique du Sud. » Et l’ex-président américain Jimmy Carter, après ses nombreux séjours dans les Territoires occupés et en Israël, n’a pas hésité lui non plus à écrire un livre entier pour dire : La paix et non l’apartheid [5].

L’objectif de la campagne BDS

Cette campagne ne vise qu’un objectif : le respect intégral par Israël du droit international concernant plus spécifiquement trois aspects fondamentaux sans lesquels aucune paix n’est possible :

-  La fin de l’occupation conformément à la résolution 242 des Nations unies qui enjoint Israël de se retirer des Territoires occupés depuis 1967, y compris de Jérusalem-Est, de même que du Golan syrien.

-  L’exercice du droit de retour ou de compensation pour les réfugiéEs palestinienNEs conformément à la résolution 194 des Nations unies.

-  L’égalité des droits pour les citoyenNEs palestinienNEs d’Israël , i.e. la suppression de l’apartheid, un système institutionnel de discrimination raciale qui prévaut dans ce pays.

Bref, cette campagne internationale vise à ce qu’Israël se conforme à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, aux Conventions de Genève, aux Pactes internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, aux décisions de la Cour internationale de justice, à la Convention internationale sur la Suppression et la Punition du crime d’apartheid, aux quelques 400 résolutions de l’ONU et du Conseil de sécurité, s’acquitte de ses obligations étatiques en fonction de ce droit et reconnaisse le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination.

Une campagne surtout pas antisémite !

La campagne BDS est une action citoyenne pacifique et rassembleuse. Elle ne vise pas les juifs en tant que juifs mais les politiques du gouvernement israélien. Le principal argument de l’État d’Israël vis-à-vis de ceux et celles qui critiquent sa politique, c’est qu’ils seraient antisémites. Cet argument est fallacieux pour plusieurs raisons : d’abord, la majorité de la population juive ne vit pas en Israël et, par conséquent, l’État d’Israël ne peut s’arroger le droit de parler au nom de tous les juifs. Ensuite, critiquer les actions d’un gouvernement ne signifie pas critiquer toute une population ; on n’accuse pas les opposantes aux politiques du gouvernement Harper d’être anti-Canadiens ! Enfin, en tant qu’État membre de la communauté internationale, Israël a des obligations comme le respect des droits humains et des conventions de Genève. Le fait d’avoir vécu l’horreur de la Shoah ne justifie pas l’oppression des Palestiniennes. « On ne devrait pas permettre à Israël d’instrumentaliser le génocide des juifs européens pour se mettre au-dessus des lois des nations » (Etienne Balibar, philosophe français).

Mais la campagne remet en question le caractère démocratique d’Israël, qui insiste lourdement sur le fait que cet État serait la seule démocratie de la région et, qu’à ce titre, la campagne BDS se trompe de cible… Si en effet les États de la région sont loin d’être des démocraties, il y a lieu de s’interroger sur le caractère démocratique de l’État d’Israël. Peut-on considérer comme une démocratie pleinement « épanouie » [6] un État ouvertement raciste où les conditions d’accès à la citoyenneté varient selon que l’on est ou non juif ? Peut-on considérer comme une démocratie un État qui musèle son opposition en la qualifiant d’anti-nationale ? Peut-on considérer comme une démocratie un État qui occupe des territoires qui ne sont pas les siens, qui y installe une partie de sa population et qui bafoue les droits humains de la population de ces territoires ? Il est évident que la campagne BDS écorne l’image « démocratique » d’Israël. Mais c’est justement parce que le gouvernement israélien tient à cette image qu’elle est susceptible d’être efficace.

Une campagne qui prend de l’ampleur

Les événements de Gaza ont fait déborder le vase de l’indignation et insufflé un nouvel élan à la campagne BDS dans de nombreux pays occidentaux : France, Angleterre, Australie, États-Unis, etc. La campagne est même appuyée en Israël même [7] et par de nombreuses organisations juives dans divers pays dont les Voix juives indépendantes au Canada. Au Canada également, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des Postes de même que CUPE-SCFP-Ontario se sont investis dans la campagne. Au Québec, outre les nombreux groupes de solidarité avec la Palestine, la CSQ, la FNEEQ-CSN, la Ligue des Droits et Libertés, la revue Relations, l’ASSE et Québec solidaire se sont officiellement prononcés en faveur de la campagne. Plusieurs organisations syndicales et communautaires sont en processus de prise de position. À l’initiativede plusieurs universitaires québécois, un comité pour le boycott académique est en place. À l’initiative de Tadamon, 500 artistes québécois, dont Richard Desjardins, ont appelé à appuyer la campagne BDS. Enfin, un Comité BDS Québec travaille à la coordination des actions pour cette campagne.

Si, comme le rappelle Nelson Mandela, « la justice pour les Palestiniens est la plus grande question morale de notre temps », alors la campagne BDS nous fournit l’occasion d’agir… maintenant !


[1Barghouti, Omar, Boycott, Désinvestissement, Sanctions. BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine, La fabrique éditions, Paris, 2010, p. 7.

[2Idem, p. 20.

[3« Boycott, Divestment & Sanctions : lessons learned in effective solidarity », Ma’an Development Center, 2009.

[4Visiter le site www.bilin-village.org.

[5Carter, Jimmy, Palestine, Peace not Apartheid, Simon & Schuster Paperbacks, 2006.

[6Dans une motion unanime adoptée en mai 2008, l’Assemblée nationale du Québec avait qualifié la société israélienne de « libre, démocratique et épanouie »….

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème