Dossier : En plein corps

Dossier : En plein corps

L’arme du corps

Faut-il vraiment en arriver là ?

Le corps est un espace dans lequel s’inscrivent notre condition sociale, notre travail, les violences et les discriminations subies. Tout cela a un impact sur son apparence, sa longévité, sa bonne ou mauvaise santé. Mais c’est aussi un espace de liberté, de jouissance, de transgression, d’émancipation et de revendication. Le corps peut devenir outil politique.

Outil d’affirmation, dans le cas où des corps discrédités et socialement invisibles s’affichent dans l’espace public : marche des salopes, marches LGBTQI [1], marche des « sans » (sans papiers, sans emploi, etc.) en France dans les années 1990… Outil de perturbation lorsqu’il intervient dans l’espace en ne se soumettant pas aux gestes et comportements socialement attendus : die-in, mobilisations surprises comme le fait Act Up !, etc. Outil de résistance lorsqu’il s’oppose en s’enchaînant, en occupant, en se serrant dans les piquets de grève, en « désarrêtant » des camarades dans les manifs.

Mais c’est aussi le dernier instrument de ceux et celles qui n’ont rien, rien d’autre que leur corps pour hurler leur colère, réclamer la justice. Pour les sans-voix, les sans-papiers, ceux et celles qui croupissent dans les prisons, oubliés·es, les sans-travail, les sans-argent.

Grèves de la faim. Suicides. Immolations. Ces actes de mutilation et de destruction auto-imposés exposent et contestent la violence de l’État, du système carcéral ou économique, de la guerre. Actes de rage et de désespoir, à la fois personnels et politiques, ce sont aussi symboliquement des reprises de pouvoir, car l’individu soustrait son corps à la discipline de l’adversaire et devient sujet agissant, tout en faisant porter la responsabilité de l’horreur de cette situation à l’autre. Parfois cela a un effet boule de neige ; l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie a provoqué les manifestations qui ont mené au Printemps arabe. Idle No More a commencé par une grève de la faim. En revanche, cela fait six mois, au moment d’écrire ce texte, que des prisonniers de Guantánamo sont en grève de la faim et alimentés de force. Un cas parmi tant d’autres.


[1LGBTQI : Lesbiennes, gays, bisexuel·le·s, transgenres, queers, intersexué·e·s.

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