L’antifascisme. Son passé, son présent et son avenir

No 80 - été 2019

Mark Bray

L’antifascisme. Son passé, son présent et son avenir

Mark Bray, L’antifascisme. Son passé, son présent et son avenir, Montréal, Lux, 2019, 366 pages.

Disons-le d’emblée : rares sont les ouvrages d’une telle qualité complétés dans une telle urgence. Les médias de masse américains découvrent depuis 2016 un mouvement antifasciste qui se démène pour répliquer à la déferlante d’incidents et de crimes haineux accompagnant et suivant la campagne présidentielle de Donald Trump. Sous la lumière déformante de leurs projecteurs, « antifa » devient comme « black bloc » et « anarchie » un mot que l’on prononce emphatiquement pour apeurer des gens qui n’en ont rien à craindre. Dans ce contexte pressant, Bray explique ce qui caractérise le mouvement antifasciste nord-américain et européen d’après-guerre, ce qu’il fait et pourquoi. Il s’appuie sur des entretiens avec 61 antifascistes en Amérique du Nord et en Europe (n’ayant pu ratisser plus largement faute de temps et de moyens) et une littérature secondaire principalement de nature historique. Bien qu’offrant un portrait sérieux et complet de l’antifascisme, l’ouvrage est également un « appel aux armes partisan » pour convaincre de la nécessité de la lutte antifasciste.

Après une introduction qui établit tant une définition de travail du fascisme que de l’antifascisme « militant » (défini comme un courant « à l’intersection d’une politique socialiste unitaire et d’une stratégie d’action directe » menant un « combat révolutionnaire contre l’extrême droite en général »), les trois premiers chapitres, qui occupent plus de la moitié de l’ouvrage, peignent l’histoire de l’antifascisme européen de l’entre-deux-guerres jusqu’au rôle des militant.es antifascistes étrangers s’impliquant au sein de la lutte armée révolutionnaire menée actuellement par le peuple kurde contre l’État islamique au Rojava. Le quatrième chapitre tire certaines leçons de cette histoire qui devraient être, selon l’auteur, intégrées au cadre d’analyse antifasciste lorsqu’elles ne le seraient pas déjà. Les cinquième et sixième chapitres abordent de front les interrogations principales auxquelles l’antifascisme militant doit se confronter ces jours-ci dans l’espace public, celles de son rapport à la liberté d’expression et à l’utilisation stratégique de la violence. La position antifasciste est présentée clairement : illibérale en ce qu’elle nie le droit d’exprimer publiquement certaines opinions d’extrême droite sans conséquence, antiautoritaire en ce qu’elle refuse de déléguer à une autorité supposément neutre, l’État, le monopole de la répression de ce type de discours (par cohérence idéologique et parce que ce monopole est surtout mobilisé contre l’extrême gauche), défendant conséquemment qu’il puisse être nécessaire que la population elle-même ait recours à la violence afin d’empêcher la propagation d’opinions si socialement néfastes. L’utilité de cette violence, défendue sans ambages dans certains contextes, est ailleurs relativisée par les témoignages militants, surtout lorsque la lutte est considérée à plus long terme. Elle est une des multiples facettes de la lutte antifasciste, comme la documentation, l’éducation populaire, le doxxing (la divulgation de renseignements personnels), les manifestations ou actions d’éclat, etc.

L’ouvrage se termine par une défense de la nécessité de la lutte antifasciste et un florilège de conseils de militant·e·s antifascistes du passé à l’intention des militant·e·s futur·e·s. En somme, cet ouvrage est destiné à un public large et outillera assurément plusieurs générations d’antifascistes à venir.

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