Mouvement pour le futur : grève du secondaire

No 80 - été 2019

Mini-dossier : Grèves climatiques

Mouvement pour le futur : grève du secondaire

Depuis le 15 février, des élèves du secondaire font la grève des cours le vendredi pour manifester contre l’inaction des gouvernements face à la crise climatique. À bâbord ! s’est entretenu avec l’une des instigatrices du mouvement, Sara Montpetit.

Inspirée de l’exemple de Greta Thunberg en Norvège et indignée des discours défaitistes sur notre incapacité collective à préserver la biodiversité terrestre, Sara Montpetit a lancé l’appel pour un mouvement de grève des écoles secondaires. La présence d’environ 400 élèves à la première manifestation témoigne de cette indignation partagée par une très forte majorité de jeunes de son âge.

Stratégie d’actions

Selon Sara, les actions individuelles ne leur semblent plus efficaces, car « le temps que tout le monde les fasse, un à un, il va être déjà trop tard. C’est ce sentiment d’avoir l’impression de ne rien pouvoir changer seul qui a amené le monde à se mobiliser. » Pour ces jeunes, il est temps de s’organiser collectivement pour interpeller les gouvernements à agir rapidement et ne plus faire reposer la responsabilité environnementale sur les individus. À plusieurs reprises au cours de l’entrevue, Sara évoque le printemps 2012 pour expliquer le désir de se mobiliser dans des actions collectives pour changer les choses. En ce sens, peu importe l’analyse qui est faite des résultats concrets de la grève étudiante de 2012, le sentiment d’indignation et la propension à penser au-delà des solutions individuelles ont marqué les esprits de cette génération qui était alors au primaire.

Bien conscient·e·s que les réels changements ne se feront pas sans pression auprès des élu·e·s, d’où l’utilisation de la grève comme stratégie, les jeunes du secondaire revendiquent trois actions prioritaires. Il s’agit tout d’abord de mettre rapidement en place des mesures concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2030 dans l’optique de ne plus en émettre d’ici 2050 pour freiner le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius. Ensuite, les grévistes demandent une éducation nationale sur la question des changements climatiques puisqu’ils et elles jugent que peu de savoirs leur sont transmis à l’école sur cet enjeu et sur les façons d’être plus écologique. D’ailleurs, le cours Environnement a été remplacé par le cours d’Éducation financière dans les programmes scolaires à partir de la 3e année du secondaire.

Finalement, le mouvement Pour le futur demande au gouvernement d’être plus transparent dans les investissements publics qui sont réalisés dans des industries polluantes. Ils et elles sont bien décidé·e·s à continuer à se mobiliser jusqu’à l’obtention de ces revendications qui leur semblent plutôt minimales comparées aux défis qui les attendent dans les décennies à venir.

Solidarité intergénérationnelle

Sur ce point, la rapidité de la mobilisation des jeunes du secondaire détone avec le sentiment ambiant de banalisation des impacts des changements climatiques qu’ils et elles ressentent de la part des adultes. Mise à part la manifestation pour le climat organisée le 15 mars dernier, le mouvement de grève reste circonscrit aux écoles secondaires et n’a pas encore touché les cégeps, les universités et les centrales syndicales. Les jeunes n’ont reçu pour soutien que des encouragements et des félicitations des plus vieux, mais très peu d’appels à les rejoindre dans la rue. Pour Sara, « c’est la plus grande preuve que notre sentiment d’urgence n’est pas partagé par les adultes » et cela commence à peser lourdement sur les épaules de ces jeunes qui manquent leurs cours et voient leurs notes scolaires diminuées. « C’est sûr que nos notes baissent, ce qui nous attriste. Mais on ne veut plus continuer comme ça. Même si on continue à étudier et qu’on reste dans notre routine, à quoi ça servirait d’étudier pour un avenir qu’on ne va même pas avoir l’opportunité d’avoir ? » Pour eux et elles, les adultes sont déjà habitué·e·s à ces discours catastrophiques et ont perdu leur désir de contester, alors que les plus jeunes doivent faire face à un avenir qui apparaît sombre quant à leur qualité de vie possible.

Ils et elles sont donc décidé·e·s à se battre jusqu’au bout et souhaitent, dans la prochaine année, atteindre toutes les écoles secondaires pour conscientiser l’ensemble des jeunes aux impacts des changements climatiques.

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