Illusions

No 51 - oct. / nov. 2013

Simon Tremblay-Pépin

Illusions

Petit manuel pour une critique des médias

Illusions – Petit manuel pour une critique des médias, Simon Tremblay-Pepin, Montréal, Lux éditeur, 2013

D’après Simon Tremblay-Pepin, les médias se font une image erronée d’eux-mêmes et de leur travail. Dans ce petit livre d’introduction à la critique des médias, il entend montrer qu’il est impossible d’améliorer le journalisme sans rien changer à la société qui l’entoure, car le journalisme, tel qu’il se pratique, est loin de ressembler à l’idéal enseigné dans les écoles. Les journalistes manquent-ils d’éthique ?

À première vue, on pourrait croire que c’est à cause d’un intérêt personnel, par paresse ou faute de bien comprendre son travail que le ou la journaliste échouerait à respecter l’éthique journalistique. Comme le dit l’auteur : « la pensée libérale qui agit derrière ces critiques déontologiques ferme systématiquement les yeux sur les déterminismes sociaux pour ne voir qu’une volonté individuelle présumée toute-puissante. » Mais quels sont ces déterminismes sociaux ?

Tremblay-Pepin répond en présentant les analyses de divers auteurs sur les médias. Herman et Chomsky montrent que le fonctionnement même des médias impose des filtres à travers lesquels l’information doit passer avant d’atteindre le public. Les médias forment un système qui a une influence déterminante sur les individus qui y travaillent. Bourdieu dirait sans doute que les médias sont dominés par une logique comptable qui fonctionne comme les cotes d’écoute. Gramsci, avec son analyse marxiste, nous fait voir que les journalistes, comme les autres intellectuel·le·s, ont généralement tendance à défendre la classe sociale dominante. Il y a bien sûr un bon nombre d’intellectuel·le·s qui critiquent le capitalisme, mais leurs critiques ont surtout pour effet de permettre à la classe dominante d’ajuster son discours idéologique aux nouvelles conjonctures sociales. Enfin, suivant la théorie de Michel Freitag, on peut penser que l’évolution des médias serait déterminée par la technocratisation de la politique contemporaine. Le public est jugé d’avance inapte à prendre les décisions qui ont un impact sur le monde. Par conséquent, les médias se réduisent ainsi à n’être qu’une courroie de transmission de l’information. Toutes ces analyses permettent à Tremblay-Pepin de conclure que les problèmes des médias ne se régleront pas séparément des autres problèmes découlant du système capitaliste.

En tant que manuel d’introduction, plus d’exemples concrets auraient été nécessaires. Il aurait fallu parler davantage des médias sociaux puisqu’ils sont en train de transformer radicalement le paysage médiatique. On aurait aussi souhaité voir l’auteur développer davantage sa propre pensée, surtout aux chapitres 4 et 6 dont des parties sont inspirées d’autres textes de l’aveu même de l’auteur. Mais avec son écriture limpide et bien structurée, ce livre a l’immense mérite de donner à penser que l’éthique comporte nécessairement une dimension politique.

Thèmes de recherche Médias et journalisme, Livres
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