Simone Veil, femme engagée !

No 71 - oct. / nov. 2017

Figures marquantes

Simone Veil, femme engagée !

Née en 1927 à Nice, décédée en 2017 à Paris, Simone Veil a été une personne battante et remarquable toute sa vie. Des camps de concentration jusqu’aux diverses luttes pour la défense des droits des femmes, elle a toujours répondu présente, peu importe les représailles encourues. Son entrée en politique a sans aucun doute permis de faire avancer plus d’un dossier concernant les femmes, elle a dû batailler dur dans un univers quasi exclusivement masculin.

Madame Jacob, nommée par la suite Veil du nom de son mari, se disait toujours juive non pas de confession, mais de culture. Esprit ouvert, elle ne se butait pas sur ce type d’encerclement. En 1944, elle et sa famille sont arrêtées par la Gestapo et envoyées dans différents camps de concentration tels que ceux de Drancy et d’Auschwitz. Le matricule 78 651 tatoué sur l’avant-bras, elle survit au travail forcé et aux conditions de vie et de santé inhumaines. Toutefois, à sa libération, elle affirme que, dans le convoi 71 où elles étaient nombreuses à entrer : « Les conditions sont moins dures, les Allemands commencent à avoir peur, nous n’avons passé qu’un hiver et passer deux hivers, c’est pratiquement impossible. Des premiers convois déportés en 42 ou 43, presque personne n’est rentré [1]. » Que de courage et d’humilité !

Simone Veil était à la fois témoin et survivante des camps et visait toujours à maintenir la mémoire de la Shoah. « [Au sujet du négationnisme,] ce qui m’inquiète plus, c’est lorsque l’on banalise la Shoah. » Ce souci s’exprime également concernant les autres génocides, puisqu’elle précisait à ce propos « qu’il faut faire très attention, pour les uns et pour les autres d’ailleurs, de ne pas les comparer, parce que les raisons sont toujours très différentes [2]. » Elle disait également que la Shoah lui avait fait réaliser l’importance de la création d’une Europe solidaire afin d’éviter le renouvèlement d’une telle déshumanisation de la population.

En 1947, elle est invitée à l’Assemblée nationale française « en tant que déportée raciale ». Elle s’exprime en ces mots : « Je voudrais seulement apporter ici le témoignage de ce que j’ai pu observer en Allemagne au sujet de la race juive. » Elle démontre ainsi que les personnes se regroupent plus davantage selon la nationalité qu’en raison de leur « race juive ».

Carrière professionnelle exceptionnelle

De retour à Paris en 1945, elle entreprend des études de droit et de sciences politiques. En 1956, elle passe de la profession d’avocate à celle de magistrate. Elle occupe des postes de premier ordre, réservés jusqu’à alors aux hommes au sein du ministère de la Justice. Elle travaille dans l’administration pénitentiaire et réussit, entre autres, à faire transférer en France des prisonnières algériennes qu’elle estimait exposées aux mauvais traitements et aux viols ; elle fait de même pour des hommes menacés de la peine capitale. En 1964, elle se dédie aux affaires civiles et, en 1969, elle entre au cabinet du ministre de la Justice.

Membre du Syndicat de la magistrature, Simone Veil devient la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (1970). Une telle carrière est, à l’époque – et l’est encore aujourd’hui – époustouflante.

Les femmes

Simone Veil était très marquée par le fait que les femmes se voyaient refouler de la cité. En effet, dans les années 70, seules 40 % d’entre elles exerçaient une activité professionnelle et elles occupaient peu l’espace politique français. Or elle estimait que plus qu’à tout autre endroit, c’est au Parlement que les femmes devaient réussir à s’immiscer dans la mesure où c’est au sein de cet hémicycle que les lois sont adoptées. Si les parlementaires féminines étaient davantage présentes, il faudrait prendre en compte les caractéristiques, les orientations et les réalités propres aux femmes.

Pour Madame Veil, il est primordial de défendre le travail des femmes. C’est en travaillant qu’elles accèdent à l’indépendance économique et atteignent un véritable épanouissement personnel.

Madame Veil dénonçait tout autant le fait que la France soit le dernier pays à avoir octroyé le droit de vote aux femmes – alors que son pays se targue d’être progressiste – que le fait d’avoir été fustigée à un point difficilement croyable lors de la présentation du projet de loi sur le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Bien que le « manifeste 343 » (1971) ait préparé le terrain, le projet de loi dépénalisant l’avortement est adopté (en 1975) après d’âpres et violents débats à l’Assemblée nationale au cours desquels Madame Veil n’a pas été épargnée. Elle faisait état d’avortements clandestins, qui souvent entraînaient la mort de la femme enceinte. Malgré tout, elle affirmait : « Je m’assumais dans ce débat totalement comme femme.  »


[1Ça me dit l’après-midi... Simone Veil (première diffusion le 13 janvier 2007), entrevue menée par Frédéric Mitterrand et réalisée par Marie-Ange Garrandeau.

[2Idem.

Thèmes de recherche Féminisme, Histoire, Europe
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