Serge Mongeau est auteur de La simplicité volontaire et militant écologiste

Dossier : Transition écologique. Le

Dossier : Transition écologique, le grand virage

La décroissance, élément-clé de la transition

Il ne s’agit pas de chercher à remplacer le pétrole pour produire l’énergie que requiert notre mode de vie, mais plutôt à diminuer nos besoins en énergie. Et cela requiert des changements dans nos façons de vivre, ce à quoi nous invite le mouvement de la décroissance.

Notre avenir est menacé de bien des côtés. Par où commencera le désastre ? Difficile à prévoir, mais cela sera certainement inévitable. D’où la nécessité de se préparer. De plus en plus de gens l’ont compris, même du côté des corporations et de certains gouvernements.

Beaucoup des mesures préconisées ne visent toutefois qu’à sauver le système et à nous permettre de poursuivre notre vie moderne. Essentiellement, il s’agit de trouver des technologies qui requièrent moins de pétrole et produisent moins de CO2, comme l’électrification des automobiles ou les énergies alternatives pour la production d’électricité. On oublie que produire une seule automobile requiert entre 8 000 et 28 000 kWh d’énergie (qu’elle soit à essence ou électrique), ainsi que de grandes quantités de fer, d’aluminium, de caoutchouc et de plastique. Quant aux énergies alternatives qu’on développerait pour remplacer le pétrole, elles requerraient des quantités énormes de ressources minérales et d’énergie, contribuant ainsi à aggraver le problème de l’épuisement des ressources non renouvelables.

Décroître !

Dans notre monde capitaliste fondé sur une croissance infinie, le mot fait peur. Mais il faut comprendre que l’appel à la décroissance n’est pas une incitation au sacrifice et à l’ascèse. C’est plutôt une invitation à une refondation de nos sociétés qui nous mènerait à moins de consommation individuelle et à plus de partage avec au bout du compte une vie meilleure pour tous. Voici un rappel des principaux secteurs qui devraient diminuer :

La consommation : avons-nous besoin de maisons si grandes, de tellement d’autos, de tant d’appareils électroniques, etc. ? Et de travailler autant pour se payer tout cela ?

La technologie
 : nos sociétés sont de plus en plus dépendantes de gigantesques réseaux (électricité, électronique, approvisionnement en eau…) qui sont exposés aux désastres naturels toujours plus fréquents ainsi qu’aux sabotages. Et les nouvelles technologies qu’on développe constituent souvent des transgressions de la nature qui peuvent avoir des conséquences imprévues. Où nous mèneront, par exemple, les organismes génétiquement modifiés (OGM) ?

Les inégalités sociales  : combien de temps encore les milliards de personnes qui se voient exploitées par une minorité au style de vie marqué par une consommation ostentatoire accepteront-elles leurs souffrances mortelles ?

Les déplacements : une bonne partie de l’énergie que nous utilisons (et de la pollution que nous produisons) vient des déplacements de marchandises et de personnes. « Le trafic aérien passager représentait 3,3 milliards de personnes en 2014 et devrait atteindre 6 milliards d’ici 2030 [1] ».

Une transition radicale

Devant les menaces qui se multiplient, il ne s’agit pas que de trouver des moyens de sauver notre mode de vie, mais de prêter attention aux signaux d’alerte que nous envoie la planète et de comprendre que le chemin de la croissance sans fin est une voie impossible. De toute façon, avons-nous vraiment à nous féliciter de ce monde marqué par de telles inégalités ?

La transition que nous devons amorcer au plus vite se doit d’être radicale : il faut aller ailleurs que dans la quête d’améliorations technologiques ou dans l’exploration d’autres planètes à coloniser. Nous sommes les fruits de l’évolution, nous avons notre place sur Terre et il y aurait possibilité que nous y vivions en harmonie avec la nature, au lieu d’en faire notre proie. Mais pour revenir à cet équilibre, c’est tout un changement de paradigme qui est requis. Une « dé-mondialisation » pour un retour au local, une réorganisation en petites communautés fondées sur une véritable solidarité et un meilleur partage de ressources plus sobrement utilisées qui nous permette d’en finir avec les inégalités sociales si inacceptables.


[1Selon le magazine Capital, 20 juin 2017.

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