Dossier : Changements climatiques - L’urgence d’agir

Canada et Québec sur l’échiquier climatique

Jean-Patrick Toussaint

En juin 2014, l’agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) nous apprenait que ce mois était le plus chaud jamais mesuré depuis le début des relevés modernes de températures. Ces données soulignent l’ampleur de la crise climatique qui sévit depuis plusieurs décennies ; crise principalement alimentée par l’homme, tel que l’affirmait avec une conviction inédite le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à l’automne 2013. Alors que la biosphère vacille entre équilibre précaire et déclin irréversible, le sort de l’humanité repose sur la volonté des États à faire preuve de leadership sur cet enjeu planétaire. Quel rôle le Canada et le Québec jouent-ils sur l’échiquier climatique ?

De chef de file à cancre

Une étude affirmait récemment que le Canada fait partie des 10 plus grands pollueurs de la planète, se retrouvant au 3e rang mondial per capita. Étonnant ? Certainement, si l’on considère que le Canada fut autrefois parmi les chefs de file en matière de lutte aux changements climatiques. Aucunement, si l’on pose un regard sur les politiques climatiques et environnementales canadiennes au cours de la dernière décennie.

À la suite de la Conférence mondiale sur l’atmosphère en évolution de 1988, le gouvernement de Brian Mulroney adopta en 1990 un premier Plan Vert visant à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre (GES) en l’an 2000 par rapport à ceux de l’époque. En 1993, le Parti libéral fédéral poursuivit l’engagement canadien en s’alignant sur les cibles issues de la Conférence mondiale de 1988, soit de réduire les émissions de CO2 de 20 % en 2005 par rapport aux niveaux de 1988. En signant ensuite le Protocole de Kyoto en 1998 et en le ratifiant en 2002, le Canada faisait alors bonne figure pour ses efforts de lutte aux changements climatiques, notamment en instaurant le Plan d’action 2000.

Cet engagement s’est ensuite rapidement effrité avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur en 2006. Dès lors, le Canada n’a cessé de faire piètre figure en matière de climat et d’environnement. Non seulement la cible de réduction de GES sera ramenée en 2010 à 17 % par rapport aux niveaux de 2005 sur l’horizon 2020, mais le coup de grâce sera donné en 2011 par le retrait du Canada du Protocole de Kyoto. En devenant le premier pays au monde à se retirer du Protocole de Kyoto, le Canada s’est atti­ré l’opprobre de la communauté internationale. Ce désengagement n’a pourtant rien de surprenant, puisque sur le plan interne le Canada fait systématiquement obstruction depuis 2006 à toute action crédible permettant de diminuer ses émissions de GES. Le rejet par le Sénat du projet de loi C-311 sur la responsabilité en matière de changements climatiques n’en est qu’un exemple. Le bâillonnement des scientifiques fédéraux ainsi que l’élimination de la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie sont d’autres exemples d’une série de gestes délétères entrepris par le gouvernement canadien pour démanteler l’appareil de protection de l’environnement. L’époque où le Canada faisait preuve de leadership a pris fin abruptement.

Le fardeau sur les épaules des provinces

Ne nous leurrons pas : toute avancée en matière de lutte aux changements climatiques au pays résulte des actions entreprises par les provinces. L’élimination des centrales au charbon en Ontario, l’instauration de la taxe sur le carbone en Colombie-Britannique et la réduction des émissions de GES de 6,8 % par rapport aux niveaux de 1990 au Québec en font foi. En fait, le Québec a su faire preuve d’audace en se donnant une cible de réduction de 20 % de ses émissions de GES d’ici 2020 et en créant un marché du carbone avec la Californie, la Western Climate Initiative.

Toutefois, le bilan 2006-2012 sur le climat indique que le Québec aura du mal à atteindre sa cible de 2020 dû à l’absence d’un plan d’action concret sur les changements climatiques. De plus, les orientations énergétiques prises par Québec laissent planer le doute quant à sa volonté de mener la lutte aux changements climatiques alors que la province cherche à exploiter les hydrocarbures sur son territoire.

Alors que nous nous dirigeons vers un réchauffement planétaire excédant les 2 °C, les pays du monde entier se doivent de concilier développement économique et respect de l’environnement. Au Canada, faute de pouvoir compter sur une politique climatique fédérale forte et cohérente, le fardeau de la lutte aux changements climatiques revient donc aux provinces. Elles doivent démontrer qu’il est possible de faire preuve de leadership afin d’éviter un emballement du climat tout en développant des économies concurrentielles. Le Québec n’y fait pas exception et doit y voir une opportunité à saisir !

P.-S.

Ph. D. Chef des projets scientifiques, Fondation David Suzuki

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