Dossier : Transition écologique. Le

La transition écologique dans le monde

L’accord de Paris est bien vivant

Dossier : Transition écologique, le grand virage

Lors de la signature de l’Accord de Paris en 2015, nous avons été plusieurs à déclarer que nous en étions au début de la fin de l’ère des combustibles fossiles. Reste à savoir si cette fin arrivera suffisamment rapidement, alors que les États-Unis se retirent de l’accord.

L’Accord de Paris est le principal outil de lutte aux changements climatiques dont nous disposons au niveau mondial. Malgré la décision de Donald Trump d’en retirer son pays, cette entente est bien vivante. Depuis cette annonce, plus de 2 200 dirigeant·e·s de villes, d’États, d’entreprises et de campus aux États-Unis, représentant plus de 127 millions d’Étatsuniens, ont annoncé leur intention de respecter l’Accord de Paris et d’apporter leur soutien aux politiques favorisant une faible émission de carbone et stimulant l’investissement vert.

La décision de Trump est très dommageable pour la lutte aux changements climatiques, mais aucun autre pays n’a suivi les États-Unis qui se sont isolés de la communauté internationale. À ’opposé, la France et l’Inde ont déclaré qu’ils dépasseraient leurs engagements actuels. La Chine continue pour sa part de proposer des mesures pour réduire ses émissions, elle qui investit déjà deux fois plus que les États-Unis dans l’énergie propre. En conséquence, ses émissions de carbone sont restées stables ou auraient même décliné au cours des trois dernières années. Ceci n’est pas encore suffisant, mais reste digne de mention. Notons également qu’environ 40 pays et plus de 20 villes, États et provinces utilisent déjà des mécanismes de tarification du carbone, ce qui représente environ 13% des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre.

Se libérer des combustibles fossiles d’ici 2050 au plus tard

Le respect de l’Accord de Paris exige que tous les combustibles fossiles soient progressivement éliminés d’ici 2050 au plus tard. Cela doit commencer par le charbon et être rapidement suivi des autres combustibles les plus polluants, comme le pétrole des sables bitumineux. Pour le charbon, cela signifie que 82% des réserves connues doivent être laissées dans le sol alors qu’on parle de 49% pour le gaz et de 33% pour le pétrole.

La transition vers les énergies renouvelables à 100% doit se faire dans tous les secteurs : énergie, chauffage et climatisation, transport, industrie, bâtiments, etc. Nous devons également réduire considérablement la production et la consommation mondiales de viande et de produits laitiers, favoriser exclusivement la consommation de produits de l’élevage en respect des principes de l’agriculture écologique et de l’élevage écologique. Nous devons aussi prendre des mesures immédiates afin de récupérer les forêts perdues ainsi que protéger et restaurer d’autres écosystèmes.

L’émergence des énergies renouvelables

Les énergies renouvelables se développent rapidement. Elles sont moins chères et s’améliorent considérablement. Par exemple, le coût de l’énergie solaire a chuté de 85 % au cours des sept dernières années et devient moins élevé que celui des autres modes de production d’énergie dans le monde. Plusieurs pays, organisations et personnes ont déjà adhéré à ces énergies au cours des trois dernières années. Les émissions mondiales liées aux combustibles fossiles ont plafonné au cours des trois dernières années, grâce en grande partie au développement des énergies renouvelables et à la mise au rancart du charbon. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone liées à l’énergie étaient donc stables, alors que l’économie mondiale a continué de croître.

L’émergence des énergies renouvelables se produit malgré le fait que les subventions directes aux combustibles fossiles sont encore de l’ordre de 600 milliards $ par an dans le monde et de l’ordre de 3,3 milliards $ par an au Canada. Au sein du G20, les subventions aux projets de combustibles fossiles sont quatre fois plus élevées que celles consacrées aux énergies renouvelables. Pour sa part, le Fonds monétaire international (FMI) évalue que les subventions aux combustibles fossiles sont de l’ordre de 5 000 milliards par année lorsqu’on inclut les coûts des externalités (impacts des changements climatiques sur la santé, l’environnement, etc.) qui sont actuellement assumés par les gouvernements et les populations.

Malgré ces subventions qui favorisent les énergies fossiles, l’engouement pour les énergies renouvelables pour la production d’électricité dans le monde est tel que les investissements sont deux fois plus importants dans ce secteur que dans celui des combustibles fossiles. Cela est rendu possible grâce à l’énergie solaire et éolienne qui est désormais moins chère que celle produite à partir de combustibles fossiles. Environ les deux tiers des pays devraient atteindre ce niveau sous peu, selon le Forum économique mondial. Même l’Arabie saoudite se départit de certains de ses investissements pétroliers et a annoncé un programme de 30 à 50 milliards de dollars pour développer les énergies solaire et éolienne.

Les énergies renouvelables sont d’ailleurs très créatrices d’emplois, soit quatre à six fois plus que les combustibles fossiles pour le même dollar investi. Il se crée aux États-Unis plus d’emplois dans l’énergie solaire que dans les secteurs du pétrole, du gaz et du charbon réunis, alors que les industries du solaire et de l’éolien créent des emplois 12 fois plus rapidement que dans le reste de l’économie américaine.

La baisse de consommation de pétrole dans les transports

La baisse des coûts des véhicules électriques et la technologie du solaire ont un effet certain sur la demande mondiale de pétrole et de charbon, cette dernière étant déjà à la baisse pour les deux dernières années. Si Shell et Statoil parlent d’une diminution de la demande de pétrole entre 2020 et 2030. Même si nous devons clairement prioriser les transports collectifs, on ne peut passer sous silence le fait que les voitures électriques seront bientôt moins chères à acheter que celles à essence, estime le Bloomberg New Energy Finance, tout en étant moins dommageables pour l’environnement. Au Québec, lorsque l’on considère l’ensemble des frais liés à l’utilisation des véhicules électriques et le rabais gouvernemental offert à l’achat, certains modèles sont déjà moins chers que des modèles équivalents à combustion. Le coût des batteries de véhicules électriques a diminué d’environ 73% au cours des sept dernières années et la plus grande autonomie des véhicules électriques les rend plus séduisants pour les consommatrices et les consommateurs.

En Norvège, un véhicule vendu sur deux est électrique. Plusieurs pays comme l’Inde et l’Allemagne envisagent de bannir la vente de véhicules à combustion avant ou d’ici 2030, sans parler de la France, la Chine, le Danemark, qui parlent également de les bannir.

Un mouvement de désinvestissement mondial

Un important mouvement mondial prône le désinvestissement des combustibles fossiles. À ce jour, 749 institutions à travers le monde se sont engagées à céder leurs investissements dans les énergies fossiles, dont de nombreux fonds de pension qui voient désormais ces derniers comme étant trop risqués sur le plan financier en plus d’être non éthiques.

Des banques, comme ING, refusent désormais de financer les sables bitumineux et leurs pipelines alors que le plus important fonds de pension de la Suède s’est retiré de sociétés soupçonnées d’être en violation de l’Accord de Paris, y compris TransCanada, en raison de son intention de construire des pipelines permettant de transporter le pétrole de l’Ouest canadien. D’autres institutions financières comme TD, Desjardins et la Caisse de dépôt et placement du Québec font face à des pressions pour qu’elles cessent d’investir dans l’exploitation des sables bitumineux.

Plus que jamais, le monde est en mouvement pour se libérer des combustibles fossiles. Mais nous ne pouvons rien tenir pour acquis. Nous devons continuer à exercer de fortes pressions pour que nos gouvernements, les compagnies et les institutions financières changent rapidement et drastiquement leurs politiques

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