Les guerres secrètes de l’Afghanistan

No 21 - oct. / nov. 2007

Steve Coll

Les guerres secrètes de l’Afghanistan

lu par Benoit Renaud

Steve Coll, Ghost Wars : The secret history of the CIA, Afghanistan and Ben Laden, from the Soviet invasion to September 10, 2001, New York, Penguin books, 2004, 738 p.

L’ouvrage monumental de Steve Coll, qui s’est mérité le prix Pulitzer 2005, explore en détail toutes les manigances et les intrigues de la politique états-unienne envers l’Afghanistan durant les 12 ans qui ont précédé un certain 11 septembre. Il en ressort une vision plausible des limites de la puissance des États-Unis et des incohérences d’une intervention menée en parallèle – et souvent en secret – entre les différentes branches du gouvernement. Le rôle clé des autorités saoudiennes et pakistanaises est aussi un thème développé tout au long des quelque 700 pages de cet ouvrage. Coll décrit les personnes impliquées dans ces opérations comme des personnages de roman, avec leur histoire personnelle, leur tempérament, leurs relations, etc.

Le principal défaut de son exposé est l’insistance avec laquelle il tente d’identifier les occasions manquées d’éliminer Ben Laden et de promouvoir un pouvoir alternatif aux Talibans en s’appuyant sur Massoud et l’Alliance du Nord. Selon lui, la politique pakistanaise et saoudienne de soutien aux Talibans, fondée sur des considérations religieuses, ethniques et géostratégiques, aurait dû être rejetée ou contournée par les services secrets états-uniens.

Cependant, on doit admirer l’ampleur du travail de recherche et la rigueur de la présentation. On a vraiment l’impression de savoir ce qui s’est passé à Washington durant cette période. Aussi, les attaques du 11 septembre apparaissent comme l’aboutissement logique de la politique menée par les États-Unis et leurs alliés dans cette région du monde. Après avoir financé et armé des fanatiques religieux en vue de miner l’URSS, Washington les a ignorés tout en installant des bases permanentes en Arabie Saoudite, en appuyant inconditionnellement Israël et en instaurant des sanctions meurtrières contre l’Irak. On s’étonne qu’il n’y ait pas eu d’attentats de ce genre plus tôt et plus souvent. Pas besoin de conspiration ou d’implication directe des autorités états-uniennes pour leur faire porter la responsabilité ultime de cet événement tragique et des horreurs qui ont suivi.

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