Processus de paix : la résistance palestinienne renaît

No 77 - déc. 2018 / janv. 2019

International

Processus de paix : la résistance palestinienne renaît

Le processus de paix d’Oslo devait mener à la création d’un État palestinien voisin de l’État israélien. Mais Oslo n’a jamais été pour la solution des deux États. Bien qu’illégale, l’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem Est le 14 mai 2018 a le mérite d’affirmer clairement qu’il n’y aura jamais d’État palestinien.

En arabe, intifada signifie soulèvement populaire. L’Intifada, écrite avec une majuscule, fait référence à des événements historiques précis. La première Intifada débuta en décembre 1987 à Gaza et fut appelée l’Intifada des pierres.

Les Palestinien·ne·s de Gaza vivaient alors depuis 20 ans sous occupation israélienne, à la suite de la Guerre de juin 1967, dite la Guerre des Six Jours. En droit international, un État ne peut acquérir un territoire par la guerre : Israël doit retourner ce territoire aux Palestinien·ne·s. Mais après 20 ans d’occupation, l’occupation de Gaza semblait devenir une annexion de facto, et c’est dans ces conditions générales qu’éclata l’Intifada des pierres. Comment gérer ce soulèvement populaire ? La réponse israélienne fut d’envoyer l’armée pour policer une population civile refusant l’annexion de fait. Mais une armée n’est pas conçue pour agir comme une force policière. À l’échelle internationale, Israël est perçu comme un Goliath et les Palestiniens, comme David. Une solution doit être trouvée.

L’Organisation de la libération de la Palestine (OLP) est une organisation réunissant sous un parapluie les principales organisations palestiniennes. L’OLP était devenue politiquement marginale et son leader, Yasser Arafat, profite de l’Intifada des pierres pour redorer son blason. Il déclare en 1988 que l’OLP est prête à faire un compromis historique, selon la formule land for peace. Selon cette formule, les Palestinien·ne·s procureront à Israël la paix (en cessant leur soulèvement et en reconnaissant Israël à l’intérieur de limites territoriales respectant un tracé internationalement reconnu depuis l’armistice de 1949, aussi appelé « ligne verte ») et Israël procurera aux Palestiniens la terre (en mettant fin à son occupation des territoires palestiniens comme Gaza, permettant l’émergence d’un État palestinien dans lequel Gaza serait relié par un corridor terrestre à l’autre territoire occupé depuis juin 1967, la Cisjordanie, incluant son joyau, Jérusalem Est, où se trouve notamment le célèbre dôme du Rocher).

Le compromis historique d’Arafat, c’est l’endossement de la solution des deux États. La résolution du « conflit » passe par l’établissement d’un État palestinien aux côtés de l’État israélien, le premier sur 22 % du territoire de la Palestine historique, le deuxième sur 78 % de ce même territoire. Les mots clés de la solution des deux États : paix, sécurité, bons voisins. Mais le diable est dans les détails.

Les États-Unis ont insisté sur des négociations sous leurs auspices et non sous les auspices de l’ONU. Si la solution des deux États avait été négociée sous couvert de cette dernière, c’est le droit international qui aurait servi de cadre de référence aux négociations. Mais la solution des deux États a plutôt été négociée selon un rapport de force arbitré par les États-Unis (favorable à Israël).

C’est ainsi qu’on peut comprendre les Accords d’Oslo, signés en 1993. Ces Accords ne sont pas un traité de paix, mais un cadre de négociations devant mener à un traité de paix. Le texte des Accords d’Oslo a été négocié entre la fin des années 1980 et le début des années 1990 et c’est ce texte qui a été signé lors d’une cérémonie sur la pelouse de la Maison-Blanche. L’engagement fait devant le monde entier était que les Accords d’Oslo fourniraient le cadre nécessaire à des négociations devant mener à un État palestinien au bout de cinq ans, soit en 1998.

Oslo était censé être un processus de paix devant mener à un État palestinien sur 22 % du territoire d’Israël-Palestine, mais le texte d’Oslo ne reflétait pas l’esprit d’Oslo et, sur le terrain, une politique du fait accompli a réduit ce 22 % comme une peau de chagrin. Israël, par sa colonisation systématique de la Cisjordanie, a littéralement divisé en deux ce 22 %. De plus, la carte de la Cisjordanie montre que ce qui reste pour les Palestiniens lorsqu’on retire le territoire pris par les colonies israéliennes et le réseau routier qui relie les colonies entre elles ainsi qu’à Israël, c’est l’équivalent d’un archipel composé de plusieurs petits îlots palestiniens entourés d’une mer israélienne. Sans contiguïté territoriale, un État palestinien n’est tout simplement pas viable. C’est cette réalité invivable qu’Oslo aurait voulu appeler un État palestinien.

Un quart de siècle s’est écoulé depuis la signature d’Oslo. Le processus de paix s’est donc avéré être non pas un processus de paix, mais un processus de colonisation/dépossession, un processus de création de bantoustans/réserves. Il ne serait pas exagéré de dire que le processus de paix d’Oslo est carrément contre la solution des deux États. Oslo rejette le compromis historique fondé sur le droit international auquel le leadership palestinien a consenti. Le processus de paix d’Oslo n’est pas moribond, il est mort.

L’Ambassade des États-Unis en territoire non israélien

La date de la mort du processus de paix d’Oslo, c’est le 14 mai 2018, lorsque les États-Unis ont placé leur ambassade d’Israël en Palestine ou plus exactement sur un terrain de Jérusalem Est. Il faut rappeler que Jérusalem Est est une partie de la Cisjordanie, occupée par Israël depuis la Guerre de juin 1967, et le droit international interdit l’acquisition de territoires par la guerre. Par ce geste, les États-Unis ont déclaré que le droit international ne s’applique que lorsque les États-Unis en décident ainsi. Dans le cas d’Israël, les États-Unis ont donc décidé que le droit international ne s’appliquera pas.

La date de cette inauguration n’est pas anodine. C’est une date très significative pour le peuple palestinien. En effet, 70 ans plus tôt, le 14 mai 1948, Israël déclare son indépendance. Pour la population palestinienne de l’époque, cette déclaration d’indépendance signifie la poursuite intensifiée d’une opération de « transfert de population » (ou de nettoyage ethnique) qui avait déjà été amorcée. Entre 1947 et 1949, c’est au moins 750 000 Palestiniens qui deviennent réfugiés (trois quarts de la population palestinienne). Ainsi, lorsque les États-Unis inaugurent leur ambassade le 14 mai 2018, c’est une sorte consécration diplomatique du nettoyage ethnique, tragédie nationale que le peuple palestinien a nommée la Catastrophe, ou Naqba.

Le Parlement israélien, la Knesset, vraisemblablement enhardi par l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, a voté deux mois plus tard une loi que je qualifierais d’apartheid décomplexé. En effet, une majorité de députés israéliens ont voté pour une loi selon laquelle «  Israël est l’État-nation du peuple juif ». Cette loi, dite « fondamentale », stipule que « Israël est la patrie historique du people juif [qui] y a un droit exclusif à l’autodétermination nationale.  » Comme 20 % de la population israélienne est composée d’Autochtones palestiniens non juifs, il est clair que c’est cette minorité qui est exclue (par ce « droit [précisément] exclusif ») en termes d’autodétermination nationale sur le territoire de l’État-nation du peuple juif.

Selon T’ruah, un groupe de rabbins sionistes, la loi menace l’avenir d’Israël : « La loi de l’État-nation qui vient d’être adoptée met en péril la démocratie israélienne, légalise la discrimination à l’endroit de 20 % de la population israélienne, menace le pluralisme religieux et compromet l’avenir d’Israël [1] ».

La grande marche du retour

Occupé depuis un demi-siècle, manipulé par un processus de paix, dépossédé par une colonisation systématique, faut-il s’étonner que le peuple palestinien de Gaza remonte au nettoyage ethnique de 1948 et manifeste depuis le 30 mars 2018 sous la bannière de « La grande marche du retour  » ? Le retour, c’est en Israël. En effet, au moins 70 % de la population de Gaza sont des Palestinien·ne·s ayant trouvé refuge dans la bande de Gaza en 1948, lors du nettoyage ethnique de la Palestine. L’État israélien n’a d’autre solution que de tirer sur des civil·e·s, tuant en 6 mois au moins 183 manifestant·e·s, et blessant plus de 18 000 d’entre eux et elles [2]. Un réserviste israélien de 19 ans, Hillel Garmi, a récemment refusé l’appel des Forces de « défense » israéliennes. Israël est une redoutable puissance militaire, mais s’avère strictement impuissante pour stopper la grande marche vers la conscience de gens comme Hillel Garmi.


[1Voir la manchette du site Mondoweiss en date du 19 juillet 2018. Disponible en ligne.

[2Voir la page Web d’Al Jazeera, Gaza protest : All the latest updates. Disponible en ligne.

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