Le piège Énergie Est

No 66 - oct. / nov. 2016

Éric Pineault

Le piège Énergie Est

Éric Pineault, Le piège Énergie Est, Montréal, Écosociété, 2016, 240 pages.

Le projet d’oléoduc Énergie Est, qui doit permettre de transporter le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta au Nouveau-Brunswick, est tout simplement inacceptable. Le bon sens nous dit qu’à l’ère du réchauffement climatique, on ne devrait pas concevoir une construction aussi dangereuse pour les écosystèmes, permettant d’exporter des quantités gigantesques du pétrole le plus polluant au monde. Mais des intérêts financiers considérables sont en jeu. Et TransCanada, l’entreprise derrière cet oléoduc, nous parle de nécessités économiques : croissance, exploitation d’une ressource indispensable, création d’emplois.

Le piège Énergie Est d’Éric Pineault développe une solide argumentation afin de combattre ce projet qui trouve de forts appuis tant chez les gens d’affaires que dans la classe politique. Le grand mérite de ce livre clair et efficace est de bien situer la question dans sa globalité, avec un souci pédagogique évident. Bien sûr, le débat autour de l’oléoduc Énergie Est concerne l’environnement. Mais il faut aussi tenir compte de l’aspect scientifique, lié à la nature même du pétrole, des enjeux géopolitiques, des stratégies de communication des entreprises, et des besoins capitalistes d’un développement perpétuel et à tout prix, pour lesquels l’extractivisme demeure incontournable. L’auteur aborde chacun de ces sujets avec une grande compétence.

Éric Pineault devient particulièrement intéressant lorsqu’il montre à quel point notre système économique nous lie à cette exploitation, par les commandes dont profitent les PME, par les placements dans les compagnies extractivistes qui alimentent les REER et les fonds de pension, par les redevances perçues par l’État : « C’est de cette façon que tous deviennent complices et auto-dépendants de l’auto-expansion du capital qui creuse, lave, raffine et transporte le goudron que l’on nomme pétrole lourd issu des sables bitumineux. »

Une victoire citoyenne contre le projet d’oléoduc Énergie Est aurait des répercussions majeures. Elle limiterait grandement l’accès à la troisième plus importante source de pétrole au monde, aussi la plus toxique. Elle nous permettrait ainsi d’envisager de façon plus rapide et efficace la nécessaire transition écologique qui nous attend. Le piège Énergie Est montre très bien que cette lutte va beaucoup plus loin que de s’opposer à la seule construction d’un pipeline. Il s’agit surtout de choisir dans quel type de société nous voulons vivre et de réfléchir à notre place dans le vaste écosystème qui est le nôtre.

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