La ruée minière au XXIè siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition

No 101 - Automne 2024

Célia Izoard

La ruée minière au XXIè siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition

Samuel Raymond

Célia Izoard, La ruée minière au XXIè siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition, Éditions de la rue Dorion, 2024.

Dans cet ouvrage, la philosophe et journaliste Célia Izoard fait tomber le masque de la transition écologique via la notion de « régime minier ». Il s’agit d’un système, compris comme un pilier du capitalisme mondial, qui vise l’exploitation industrielle de la nature dans l’intérêt du maintien de la domination bourgeoise, tributaire des relations coloniales et impérialistes. Elle associe à ce système politique une cosmologie extractiviste, c’est-à-dire l’ensemble des croyances développées pour légitimer cette hégémonie. Cette cosmologie repose en partie sur la pensée grecque et chrétienne, la philosophie de la révolution scientifique du XVIIe, la conquête des Amériques et le mythe de l’homo faber.

Izoard fait ensuite le portrait de l’intensification de l’exploitation minière en Occident. Avec la raréfaction des ressources, les gisements sont en effet au cœur d’enjeux géopolitiques cruciaux et l’exploitation minière est érigée comme l’avenue salutaire pour réduire les émissions de carbone. À ce propos, elle démonte l’opposition entre énergies fossiles polluantes et métaux propres en montrant que l’exploitation des deux vont de pairs et qu’ils concourent de la même logique. Izoard étudie aussi l’accroissement de l’extraction des métaux inutiles à la transition écologique et qui servent en définitive à nourrir l’industrie numérique, bancaire et de l’armement. La ruée minière soi-disant « écologique » est un mythe qui ne vise que la poursuite de la surconsommation et de l’accumulation capitaliste. Son enquête internationale des conditions sociales et environnementales des mines au Maroc, au Chili ou en Espagne est tout aussi consternante.

L’ouvrage termine avec des pistes d’action qui laissent entrevoir une longue lutte. Après avoir déboulonné les mirages de certaines solutions telles que le recyclage des métaux et des déchets miniers, Izoard nous invite à contester le régime minier en sabotant ses infrastructures, en se débarrassant de son téléphone intelligent (symbole de la minéralisation de notre quotidien), en participant à des processus démocratiques de grande ampleur et en approfondissant la solidarité internationale. Tout cela s’inscrit dans la lutte pour la décroissance minérale.

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