Trente ans d’insurrection au Chiapas

No 101 - Automne 2024

International

Trente ans d’insurrection au Chiapas

Nicolas Lacroix

L’année 2024 marque le trentième anniversaire du soulèvement zapatiste au Chiapas, l’un des États les plus pauvres du Sud du Mexique.

Initié en 1994 lors de l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ce soulèvement se présente comme « l’une des premières manifestations de la résurgence des luttes sociales et de la pensée critique [1] » à l’orée du XXIe siècle. Il survient dans un contexte alors marqué par la consolidation de l’ordre néolibéral que consacrent l’effondrement de l’URSS et la restructuration des économies nord-américaines sous l’égide des gouvernements Reagan, Mulroney et de la Madrid et Salinas de Gotari (Mexique).

Dans la nuit du 1er janvier 1994, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), composée pour l’essentiel de militant·es autochtones, déclare la guerre au gouvernement fédéral du Mexique et occupe temporairement les villes d’Altamirano, de Chanal, de Las Margaritas, d’Ocosingo et de San Cristobal de Las Casas. L’action de l’EZLN apparaît alors comme l’aboutissement d’un processus de luttes et de revendications initié par les mobilisations autochtones et paysannes qui ont émergé au Chiapas au cours des années 1970 et qui s’inscrivent dans le prolongement de l’histoire de la résistance au colonialisme. « Nous sommes le produit de 500 ans de lutte » déclarent les Zapatistes dans leur premier communiqué. À la différence d’autres mouvements de guérilla, l’EZLN cherche moins à prendre le pouvoir qu’à impulser par le bas une transformation radicale de l’organisation politique, sociale et économique de la société. Si l’État fédéral choisit d’y répondre en se livrant à une guerre de basse intensité contre l’EZLN et ses bases d’appui, le mouvement zapatiste parvient néanmoins à entamer un processus de construction de l’autonomie à même les communautés où il est implanté, et contribue à redéfinir la place des peuples autochtones au sein de la société mexicaine.

Cette « révolution invisible », qui s’étend sur un territoire de 35 000 km2, continue encore aujourd’hui de s’opposer à l’État fédéral mexicain et de nouer des liens avec celles et ceux qui luttent contre le capitalisme à travers le monde. Alors que persiste la menace de violence de la part des forces armées et des groupes paramilitaires, le mouvement zapatiste doit également composer avec la relance de projets de développements de grande ampleur et leurs impacts sociaux et écologiques, et avec l’emprise grandissante des cartels sur la région. En espérant que le Chiapas insurgé saura y faire face. 


[1Jérôme Baschet, La rébellion zapatiste, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2019 (2005), p. 14.

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