International
L’inaction face au génocide de la Palestine, un acte de complicité
,
Nous entrons maintenant dans le dixième mois du génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien assiégé et occupé. Ce génocide est une extension de plus de sept décennies de dépossession coloniale et d’apartheid infligés aux Palestinien·nes.
Nous entrons maintenant dans le dixième mois du génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien assiégé et occupé. Le génocide est une extension de plus de sept décennies de dépossession coloniale et d’apartheid infligés aux Palestinien·nes. Au cours de ces derniers mois, les Palestinien·nes ont subi d’horribles pertes en vies humaines, avec plus de 38 800 morts documentés et des milliers restant sous les décombres, la dévastation de près de 70 % des logements de Gaza et la destruction d’institutions et d’infrastructures essentielles au maintien de la vie, allant des établissements de santé aux écoles en passant par les systèmes d’assainissement, d’eau et d’électricité. Dans l’ombre de cette oblitération et du renforcement du siège de Gaza, en Cisjordanie, le nettoyage ethnique, l’accaparement des terres et les attaques violentes des forces d’occupation israéliennes et des colons armés ont atteint des niveaux sans précédent.
L’exemple de deux camps de réfugié·es urbains dans le nord de la Cisjordanie soulève de nombreuses questions sur la complicité du Québec et du Canada dans la violence infligée aux Palestinien·nes. Face à cela, le mouvement de solidarité mondiale peut jouer un rôle essentiel pour mettre fin à ce violent système de peuplement colonial.
Violences coloniales et destructions
Alors que les yeux du monde sont rivés sur Gaza, en Cisjordanie, les forces d’occupation israéliennes ont accéléré l’expropriation de terres avec le vol de 2370 hectares en 2024, ont étendu les colonies de peuplement illégales, ont construit de nouveaux postes de colonisation – entraînant le déplacement de 19 communautés – et ont exacerbé le confinement et l’isolement des communautés palestiniennes par l’utilisation, entre autres, de barrières en fer. Cet enfermement est aggravé par le nombre croissant de points de contrôle qui entravent la mobilité des Palestinien·nes. Les Forces d’occupations israéliennes (FOI) et les colons armés ont intensifié leurs attaques contre les Palestinien·nes depuis octobre 2023, causant le meurtre de plus de 550 Palestinien·nes, l’emprisonnement de plus de 9500 personnes et l’accélération de la démolition de maisons.
Il y a eu des raids militaires quasi quotidiens contre les communautés palestiniennes dans toute la Cisjordanie, mais le ciblage des camps de réfugié·es palestinien·nes a été particulièrement vicieux. Les FOI utilisent régulièrement des bulldozers D9 et des véhicules blindés pour envahir les camps et détruire les infrastructures comme les routes, les conduites d’eau et d’égouts, les lignes électriques ainsi que des sites culturels et patrimoniaux. Les camps de réfugié·es, établis après la Nakba de 1948 comme hébergements temporaires jusqu’à ce que les réfugié·es puissent retourner sur les terres et les maisons d’où ils et elles avaient été déplacé·es de force, ont été particulièrement ciblés dans le but d’écraser leur résistance et leur lutte pour le retour. L’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA), qui a été créé pour superviser les camps et garantir les droits des réfugié·es, y compris le droit au retour, n’a pas été épargné par l’offensive. Les attaques d’Israël contre l’UNRWA représentent une attaque directe contre les droits des Palestinien·nes.
Lors de notre visite dans les camps de réfugié·es de Jénine et de Nur Shams à la fin de juin et au début de juillet 2024, nous avons été témoins de la destruction qui reflète ce que les résidents locaux appellent la « petite Gaza ». Le camp de réfugié·es de Jénine, qui a été rasé lors de la deuxième Intifada en 2002 et reconstruit à nouveau, a été soumis à plusieurs reprises à la violence des FOI, notamment lors des massacres de janvier et juillet 2023. Depuis octobre dernier, plus de 80 raids militaires ont laissé le camp en ruines. La plupart des habitant·es ont été déplacé·es, leurs maisons ont été incendiées, bombardées, ou partiellement à entièrement détruites. Bien que ce camp s’étende sur moins de 0,5 km² et qu’il dispose déjà de deux cimetières complets, en janvier 2024, un troisième cimetière a été construit sur un terrain initialement destiné à l’agrandissement du Théâtre de la Liberté de Jénine.
Lors de notre promenade dans le camp de réfugié·es de Nur Shams juste après l’un des raids militaires d’Israël, nous avons été horrifiées par l’ampleur des destructions, qui comprenaient des dizaines de maisons bombardées ou incendiées, des magasins, une garderie, une salle de sport, ainsi qu’un centre de l’UNRWA. Les rues – y compris l’intégralité de la rue principale – ont été détruites par des bulldozers. Les conduites d’eau souterraines ont été perforées et les réservoirs d’eau ont été détruits ou percés par des impacts de balles. Les affiches des martyrs se trouvaient sur presque toutes les structures verticales qui restaient encore debout. Une semaine seulement après notre visite, les FOI ont de nouveau envahi le camp, causant des destructions encore plus importantes, laissant 300 familles sans abri.
Au cours de ces raids, les camps sont attaqués non seulement par les forces terrestres, les véhicules blindés et les tireurs embusqués, mais aussi par des hélicoptères et des drones. Les habitant·es des camps ont témoigné que des drones armés et de surveillance survolent régulièrement leur espace aérien. Alors que certains drones émettent des bruits irritants 24 heures sur 24, d’autres sont silencieux et mortels et sont utilisés pour assassiner des Palestinien·nes. L’une des façons les plus illégales et les plus trompeuses par lesquelles l’armée s’infiltre dans les communautés palestiniennes est l’utilisation de « Musta’ribeen », des unités spéciales israéliennes qui se déguisent en Palestinien·nes, comme dans le cas de l’hôpital Ibn Sina à Jénine, où ils se sont déguisés en personnel hospitalier et en civils.
Dans ces conditions de confinement, de surveillance et de raids militaires, les Palestinien·nes continuent d’exercer leur droit à l’autodéfense en utilisant tous les moyens disponibles. Cela comprend l’utilisation de pierres et d’explosifs artisanaux, le blocage des rues avec des blocs de ciment et la couverture des allées étroites des camps avec des tissus ou des bâches pour bloquer la vision des drones.
Complicité des gouvernements
Alors que le monde regarde en direct le massacre des Palestinien·nes par Israël à Gaza et en Cisjordanie, les gouvernements du Québec et du Canada sont non seulement indifférents, mais aussi complices du génocide en cours à plusieurs niveaux : par le silence des fonctionnaires, la couverture politique, le soutien matériel (y compris les pièces d’armes) et l’alimentation du racisme anti-palestinien à travers le pays. Ici, au Québec, le premier ministre François Legault a récemment annoncé que, malgré la violence actuelle, il irait de l’avant avec son projet d’ouvrir un bureau à Tel-Aviv afin de renforcer les liens avec Israël. De plus, le Régime de rentes du Québec, géré par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) investit actuellement 14,2 milliards de dollars dans 87 entreprises liées à Israël, dont le fournisseur d’armes Lockheed Martin. Le Canada considère depuis longtemps Israël comme un allié central au Moyen-Orient. Et bien que le Canada ait récemment voté en faveur d’un cessez-le-feu à l’ONU et se soit engagé à imposer un embargo sur la vente d’armes à Israël, il continue de donner suite aux contrats d’armement qui avaient déjà été approuvés. De plus, l’embargo n’inclut pas l’achat d’armes à Israël. Le Canada favorise également les investissements financiers par le biais de l’Accord de libre-échange Canada-Israël (ALÉCI), qui comprend des avantages pour les entreprises situées dans les colonies illégales de Cisjordanie. Enfin, les allégements fiscaux accordés aux organisations caritatives qui soutiennent directement la construction illégale de colonies israéliennes constituent une autre forme de soutien matériel.
Une telle complicité n’est pas surprenante compte tenu des pratiques coloniales, suprémacistes et impérialistes des gouvernements sur l’île de la Tortue. Mais un mouvement massif est en cours pour contester cet ordre violent. De nombreux observateurs ont soutenu que le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine a atteint des sommets en termes de portée et d’échelle. La persistance des manifestations, des campements d’étudiant·es et des actions de solidarité depuis octobre 2023 ainsi que la diversité des acteurs·rices impliqués mettent en lumière l’injustice du système juridique international. Iels ont aussi mis en évidence la complicité de la plupart des gouvernements occidentaux dans le génocide et le rôle des grands médias dans la suppression de la parole palestinienne et l’amplification des mensonges israéliens au mépris de la déontologie journalistique. Ce mouvement de solidarité mondial aspire non seulement à une Palestine libre du fleuve à la mer pour tous·tes les habitant·es du territoire, mais aussi à mettre fin au système plus large qui continue de coloniser, d’exploiter, de monopoliser et de détruire des vies humaines et non humaines ainsi que l’environnement.
L’histoire nous a appris que les actions collectives des peuples peuvent réaliser ce que les puissances militaires destructrices ne peuvent pas faire. La solidarité mondiale avec la lutte des Sud-Africains contre le système de l’apartheid, par exemple, a réussi à faire pression sur les États pour qu’ils cessent de fournir des armes à ce régime et imposent des sanctions économiques, ce qui a conduit à la fin du système de l’apartheid.
Le récent arrêt de la Cour internationale de justice déclarant que les pratiques israéliennes en Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza sont illégales et doivent cesser, constitue une preuve supplémentaire du potentiel d’un tel mouvement. Notre défi, cependant, est de poursuivre cette lutte par le biais d’une solidarité collective et intersectionnelle constante capable de soutenir le mouvement actuel et de servir de base à la justice en Palestine, sur l’île de la Tortue et au-delà.







































































































































