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Chronique économie

Castonguay le Lucide

par Gaétan Breton

Le Rapport Castonguay constitue un hymne à la privatisation jouant sur les mêmes harmoniques que le manifeste Pour un Québec lucide. L’objectif de départ était d’« assurer la pérennité du système public de santé en augmentant sa productivité et en ajustant la croissance des dépenses publiques de santé au taux de croissance de la richesse ». Serez-vous surpris d’apprendre que ces thèmes recouvrent l’essentiel des recommandations ? En fait, les commissaires ont été payés cher avec les sommes qui sont réputées manquer dans le système de santé pour faire une étude concluant exactement ce qu’ils pensaient au début. Une interview aurait fait l’affaire.

Augmenter la productivité

Voilà bien un thème cher aux Lucides et souvent martelé par Lucien Bouchard. Cependant, qui dit que notre système de santé n’est pas efficace, surtout si nous le comparons avec un système largement privatisé ? Aux États-Unis, il en coûte au citoyen plus que deux fois plus cher qu’au Québécois moyen pour des résultats moins bons que ceux du Québec. Ces résultats sont généralement mesurés par des indicateurs globaux comme l’espérance de vie, la mortalité infantile ainsi que le ratio médecins / habitants. Sur ces trois critères, nous performons mieux que les États-uniens. Il est toujours permis de vouloir augmenter la productivité, mais il faut cesser de laisser planer l’idée que c’est notre paresse collective qui nous coûte cher, paresse qui serait entretenue par un système étatique bureaucratique et des syndicats au poids excessif. Alors il faudrait « remettre en question les intérêts particuliers qui sont en jeu ». Évidemment, Castonguay ne parle pas des intérêts de la compagnie d’assurances qu’il représente sur cette Commission en dépit de l’éthique la plus élémentaire, il parle des intérêts syndicaux, comme le faisaient les Lucides et avec les mêmes mots : « accepter de remettre en question ses acquis et ses préjugés ».

Notre système est coûteux

On nous dit que notre système coûte trop cher et coûtera encore plus cher dans l’avenir. D’abord, la question est posée à côté. On regarde ce qu’il en coûte à l’État et non pas au citoyen, lequel paie beaucoup plus chez nos voisins pour un système laissant près de 20 % des citoyennes sans aucun recours. Mais si nous discutons en termes de richesse collective, nous voyons que la portion du PIB dévolue à la santé est de moins de 10 % chez nous alors qu’elle atteint les 14 % aux États-Unis, dans un beau système privé. Mais il fait l’affaire de Castonguay de dire que notre système coûte trop cher, ajoutant ainsi à la terreur entretenue depuis plusieurs années par tous ceux qui sont intéressés à la privatisation.

La privatisation à la rescousse

Évidemment, le rapport prône la privatisation tous azimuts. En conséquence, il propose des mesures qui vont aider. Par exemple, le financement des institutions publiques se ferait à l’acte, pour diminuer la bureaucratie. Mais une fois le système instauré, il deviendra très simple de l’appliquer au privé. Il propose également que les hôpitaux puissent être gérés par des organisations privées qui soumissionneraient pour obtenir le contrat de gestion et que les installations publiques puissent servir à des fins privées, pour en augmenter le niveau d’utilisation (quand on sait que le délai pour les chirurgies tient, en bonne partie, à l’impossibilité d’obtenir des salles d’opération). Mais en dépit de la réalité, Castonguay affirme lucidement qu’il faut « lever le véritable tabou que constitue le rôle du secteur privé ». Le rôle du secteur privé est de faire des profits, ce qui est incompatible avec une diminution des coûts du système dans le respect de ceux qui y œuvrent.

La question du vieillissement

En deux mots, la prémisse de ces Lucides consiste à dire que si nous vivons plus longtemps, nous serons malades plus longtemps et donc plus longtemps dépendants du soutien de l’État. Or, les gens qui vivent plus vieux ne sont pas nécessairement malades plus longtemps et plusieurs, à cause des fonds de pension décriés par les mêmes personnes, ont des revenus suffisants pour se soutenir seuls. Il faut relativiser la terreur démographique.

Ce que vous n’y trouverez pas

Évidemment, dans le rapport, vous ne trouverez pas des comparaisons honnêtes – c’était prévu. Vous n’y trouverez rien sur le coût des médicaments et sur les revenus des médecins, deux éléments qui avaient été identifiés, par les études sérieuses qui avaient précédé, comme les principaux facteurs d’augmentation des coûts de santé. D’ailleurs, si le gouvernement était sérieux, Marie Pelchat, de la Coalition Solidarité-Santé, aurait été invitée à siéger à cette commission, et pas seulement elle.

Vous n’y trouverez rien sur la prévention. Dans le milieu de la santé publique, on prétend qu’un dollar investi dans la prévention diminue de sept dollars les dépenses au niveau curatif. Qu’attend-on pour s’orienter dans cette voie si on veut réduire les dépenses de santé ? Évidemment, il n’y a pas d’argent à faire pour le privé dans la prévention.

Tout ce rapport, un véritable scandale – ne serait-ce que par le choix du commissaire principal –, constitue un tour de vis supplémentaire dans la grande entreprise de conditionnement idéologique, dont le Manifeste des Lucides n’était qu’un jalon (auquel il faut ajouter le livre bourgogne de Cirano, le Rapport Ménard, L’éloge de la richesse, qui disent tous la même chose), qui vise à faire accepter la privatisation des services publics par des citoyennes complètement terrorisées.

ARTICLE ÉCRIT PAR
P.-S.

Gaétan Breton

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