Sève et sang. Chants et poèmes de révolte et d’espoir

No 24 - avril / mai 2008

Normand Baillargeon (compil.)

Sève et sang. Chants et poèmes de révolte et d’espoir

lu par Claude Vaillancourt

Normand Baillargeon, Sève et sang. Chants et poèmes de révolte et d’espoir, Montréal, Mémoire d’encrier, 2007, 201 p.

Jean-Paul Sartre disait : « Le poète est hors du langage, il voit les mots à l’envers, comme s’il n’appartenait pas à la condition humaine. » Pour cette raison, il ne pouvait concevoir que la poésie puisse exprimer un véritable engagement. Avec Sève et sang, une anthologie qui donne la voix aux rebelles et aux insoumis, Normand Baillargeon montre à quel point la poésie peut au contraire exprimer, avec une rare puissance d’évocation et une grande efficacité, un engagement réel et profond.

Par un large éventail de poèmes et de chansons, Normand Baillargeon nous fait pénétrer dans l’univers de ceux qui ont cru au pouvoir des mots pour dénoncer les abus de toutes sortes, l’esclavage, l’injustice, le racisme, l’oppression, les mille visages de l’exploitation. Les textes choisis ont pour dénominateur commun l’amour profond de l’existence, l’acharnement à vivre et à s’exalter, et dépit des maux qui empêchent le plein épanouissement des individus. Et cela aussi bien dans les élans du cœur, souvent d’une grande simplicité, qui s’expriment dans des chansons hélas privées de leur musique, que dans les jeux de langage et les puissantes analogies, que développent dans les poèmes lyriques et emportés les grands maîtres que sont Pablo Neruda, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou Gaston Miron.

Dans Sève et sang, Normand Baillargeon a effectué un travail qui donne à ses lecteurs les incontournables de la poésie et de la chanson engagées, tels « Le chant des partisans », « Le temps des cerises » ou « Liberté » de Paul Éluard. Il a su en plus chercher chez les classiques Villon, Ronsard, Victor Hugo ou Oscar Wilde des poèmes qui prennent une signification nouvelle, dans un entourage de textes propices à l’expression de toutes les révoltes. L’auteur prend aussi la peine de faire connaître à ses lecteurs des poètes moins connus tels le Camerounais Paul Dakeyo ou l’abolitionniste états-unien John Greenleaf Whittier.

L’auteur a cru bon se limiter aux littératures francophone, anglophone et hispanophone, dont il a choisi audacieusement de reproduire les textes en langue originale, avec des traductions de l’anglais et de l’espagnol. Les textes sont présentés dans un joyeux désordre – que dis-je, dans une saine anarchie –, avec des notices biographiques un peu conventionnelles, mais qui situent efficacement les auteurs. L’ouvrage n’a pas de prétention d’exhaustivité. La tâche de l’anthologiste consiste justement à faire des choix, à retenir des œuvres significatives selon les goûts de l’auteur, ce que fait Normand Baillargeon avec une compétence indiscutable.

Ceux qui souhaitent que le poète fasse davantage que « frissonner dans les parallèles de ses pensées » ou « s’étioler en rage dans la soie de ses désespoirs », comme le disait ironiquement Gaston Miron, trouveront dans cette anthologie un excellent livre de chevet qui rallumera la flamme de l’enthousiasme et soulèvera l’indignation, tout en offrant une poésie d’une constante ferveur.

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