Aux racines du mal

There will be blood

vu par Philippe de Grosbois

Philippe de Grosbois

Le conflit au Vietnam a amené son lot de films dans lesquels des cinéastes américains se sont questionnés sur les États-Unis, ses ambitions et ses délires. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola est peut-être le plus brillant exemple de cette mouvance. Il semblerait que les États-Unis des années 2000, embourbés dans le néoconservatisme aussi bien qu’en Irak, entraîneront aussi une vague de films introspectifs, tels Lord of War (Andrew Niccol, 2005), Jarhead (Sam Mendes, 2005) et In the Valley of Elah (Paul Haggis, 2007). Mais on retiendra surtout, je l’espère, le magnifique There will be blood de Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia).

S’inspirant librement du livre Oil ! d’Upton Sinclair, There will be blood raconte la démarche obstinée du prospecteur de pétrole Daniel Plainview (le trop rare Daniel Day-Lewis) pour contrôler le forage de pétrole du sud de la Californie, au début du vingtième siècle. Apprenant l’existence de sources de pétrole dans le petit village de Little Boston, Plainview se trouve rapidement confronté à l’Église de la Troisième Révélation et à son jeune prédicateur, Eli Sunday (Paul Dano).

Le cinquième film d’Anderson apparaît comme une véritable recherche des origines de la puissance, mais surtout de la crise actuelle de l’empire américain. Une recherche non pas scientifique ou documentaire, mais plutôt mythologique, comme si Anderson, à travers quelques grandes figures, avait tenté de cerner la nature profonde de l’Amérique états-unienne. Tout au long du film, le Capitaliste qu’est Plainview et le Prédicateur qu’est Sunday se voient plus ou moins forcés d’entrer dans une valse amère, l’un profitant de l’autre à tour de rôle pour asseoir son pouvoir, ce qui n’est pas sans rappeler la collusion actuelle entre politique et religion chez nos voisins du Sud. There will be blood s’avère un film à la fois dépouillé et riche, calme et angoissant, à l’image de la musique inconfortable et séduisante de Jonny Greenwood, guitariste du groupe britannique Radiohead. À voir et revoir, à quelques années d’intervalle.

P.-S.

Philippe de Grosbois

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