Les tas du monde 2005

No 08 - février / mars 2005

Les tas du monde 2005

par Denis Rémillard

Encore la pomme de Derome. Il débute le Téléjournal avec un air grave sur les négociations avortées entre les pauvres propriétaires et les joueurs de la LNH, alors que six usines de textile à Huntingdon ferment le même jour, mettant huit cent personnes à la rue. Je me dis que notre Survenant de l’info pourrait tout aussi bien déblatérer de l’actualité à TVA ou TQS. Tout se TQSise : les nouvelles inutiles, succinctes, non prioritaires, les faits divers s’entremêlent. Et les mots sortent avec une telle sincérité du maxillaire inférieur de notre « Berny » national que l’on en oublie presque qu’il est humain. Monotone litanie superficielle d’informations, de l’affaire Cloutier aux vaches assassinées dans un obscur ranch de l’Alberta – unité canadienne oblige –, en passant rapidement sur la Tchétchénie, l’homme à la mâchoire tombante nous fait un sourire avant d’aller dormir. On reste là avec une vague sensation d’ignorance sur Les Tas du Monde.

Comme le Tas Charest, les petits profiteurs privés (PPP) attendent. Ils font la file pour se partager l’État québécois. Ici, depuis l’avènement de notre vendeur de commerce Premier ministre, tout est à vendre et plusieurs pourraient bien se remplir les poches avec des équipements que toutes et tous les Québécois ont payé de leurs propres poches (hôpitaux, écoles, routes, barrages et autres infrastructures et services publics). À travers cet encan national néoconservateur se profile aussi une volonté de supprimer les outils qui distinguent cette fameuse société distincte (Caisse de Dépôt et de Placement, Société générale de financement (SGF), Société des Alcools du Québec (SAQ), même Hydro-Québec). Des centaines de nominations partisanes et des petits amis conservateurs (Mulroney, Stronach, Bouchard) viennent grignoter le gâteau, alors que les moins nantis payent la note avec des hausses de tarifs un peu partout (transport, garderies, électricité, coupure ou non indexation de l’aide sociale).

Il y a aussi le Tas Martin, un tas d’amis qui, comme le Premier ministre, raffolent des abricots fiscaux. En soustrayant près de 30 millions $ au fisc canadien dans des paradis fiscaux pour Canadian SteamShip Line, Paul Martin est un exemple d’intégrité et d’honnêteté sociale pour tous. Les banques insolentes qui profitent largement de ces paradis immoraux nous narguent avec leurs records de profits d’année en année. D’autres du même tas pataugent discrètement dans l’argent des contribuables sous le couvert de programmes plus ou moins obscurs (commandites, armes à feu, importation de danseuses). Pendant que le gaspillage se perpétue, Ottawa engrange des surplus faramineux sur le dos des chômeurs, grâce au programme d’assurance-emploi.

Au sud, il y a le Tas Bush. Celui-ci joue dans les ligues majeures. Tout en prônant la morale, on peut, comme en Ukraine, trafiquer des élections – machines de la Société Diebold défectueuses en Ohio qui sonnent comme des machines à sous à Las Vegas : 638 électeurs = 4258 voix à Bush, 260 à Kerry. Cherchez l’erreur... On peut aussi se permettre des guerres pour alimenter nos petits amis du pétrole et de l’armement. On peut supprimer des libertés fondamentales – Patriot Act, Guantanamo –, ou encore torturer, comme à la prison d’Abou Grahib, voire faire torturer en sous-traitance en Syrie, en référence au célèbre cas de Maher Arar, ou massacrer des civils – comme passer Falloujah à la Moulinex. Dick Cheney, Halliburton et Papa Bush peuvent se graisser la patte pendant que des milliers d’Irakiens et de soldats états-uniens se font tuer pour des intérêts privés. Le Tas Bush n’hésite pas à s’associer à d’autres tas douteux, comme le Tas saoudien, le Tas Ben Laden, le Tas pakistanais ou autres. Les contribuables états-uniens devront payer la note salée d’un déficit et d’une dette records dans leur histoire, engendrés par le vertigineux esprit guerrier du Général Bush. Dire que celui-ci, parti pour la conquête du monde, n’avait même pas de passeport avant d’être élu président.

Mais l’ultime Tas, c’est l’ONU. Sous le manteau de cet organisme voué à la paix et à la justice dans le monde, de singuliers trafics se produisent. Imaginez, un « programme humanitaire » pour fournir un peu de médicaments et de nourriture au pauvre peuple irakien, souffrant d’un terrible embargo, dont les argents sont détournés au profit de petits amis bien placés de Saddam Hussein, de compagnies russes et françaises et même du fils du secrétaire général Kofi Annan – 10 milliards évaporés sur un total de 67 milliards $.

Bien sûr, j’aurais pu élaborer d’avantage sur chacun de ces petits régimes. Parler aussi du Tas Poutine, du Tas Afghan, du Tas Sharon, du Tas européen, du Tas chinois et autres, mais déjà ces quelques éléments tendent à démontrer qu’une tendance perverse se maintient et, sous le camouflage médiatique, la société s’épure et produit de moins en moins de riches, mais avec de plus en plus d’argent, et de plus en plus de pauvres avec de moins en moins d’argent. La corruption et l’immoralité économique sont la gangrène planétaire et lorsque même l’ONU magouille dans des programmes humanitaires, cela en dit long sur Les Tas du Monde.

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème