Plan de communication 2.0

No 57 - déc. 2014 / janv. 2015

Le Parti libéral au pouvoir

Plan de communication 2.0

C’est avec une assurance tranquille que le Parti libéral a pris le pouvoir le printemps dernier. Notre premier ministre serait un bon docteur, qui nous éloignerait des éclats causés par la charte des valeurs et un éventuel référendum sur l’indépendance du Québec. Profitant d’une belle majorité au Parlement, il gouvernerait en appliquant ses principes très chers de démantèlement progressif de l’État auquel il n’a jamais cessé de croire. Mais il apprendrait des erreurs du passé. Avec un bon plan de communication, la population ne pourrait pas s’empêcher de le suivre.

Lorsque les libéraux, dirigés par Jean Charest, avaient été élus en 2003, ils avaient annoncé une vaste « réingénierie » de l’État. Ce terme particulièrement maladroit, à la fois technocratique et contraignant, a immédiatement enclenché une forte opposition. Un vaste mouvement s’est mis en branle, scandant le slogan « J’ai jamais voté pour ça ! » Devant l’ampleur de la réaction, le gouvernement a été forcé de ralentir ses réformes.

Les libéraux n’ont jamais cru toutefois que cette réaction de la population était juste, et que leur projet de réingénierie était mauvais en soi. Ce qui avait flanché plutôt, c’était le plan de communication : on avait très mal vendu à la population un projet nécessaire et inévitable. Aucune remise en question profonde de l’orientation idéologique du parti n’a alors été formulée et n’a été entreprise depuis.

Bien au contraire, il fallait trouver une nouvelle façon d’introduire le même projet, tout en le rendant acceptable. Les deux derniers budgets du ministre des Finances Raymond Bachand allaient en ce sens. Pour bien préparer la population à une « révolution culturelle », selon les termes du ministre, on s’était offert la contribution de quatre experts télécommandés qui ont pondu une série de fascicules, Le Québec face à ses défis, présentés par séquen­ces, pour les rendre épisodiquement présents dans les médias. Manque de pot : la grande grève étudiante du printemps 2012 a fait échouer cette nouvelle tentative.

Deux trios gagnants

Le gouvernement Couillard trouverait quant à lui l’équilibre parfait entre l’application des réformes radicales néolibérales dont les Québécois·es n’ont jamais voulu, et un plan de communication beaucoup plus fin et adroit. À celui-ci, il faut reconnaître de réelles qualités et une certaine efficacité.

D’abord, ce gouvernement a soigneusement évité d’aborder le sujet de l’austérité lors de la dernière campagne électorale, laissant son adversaire péquis­te se couler avec les questions identitaires.

Une fois élu, le gouvernement se base sur deux trios de ministres, au centre de toutes les décisions, qui ont chacun leur tâche particulière. Le premier trio, le plus visible, est celui des trois médecins, Philippe Couillard, Gaétan Barrette et Yves Bolduc. Un bon médecin se distingue par sa qualité d’écoute et sa compassion, ce qui correspond à l’image que veut se donner le nouveau gouvernement : ferme et compétent quand il s’agit de diriger l’économie, mais sensible et attentif aux besoins de tous et de toutes.

Le trio des ministères économiques, celui à qui l’on a donné le sale boulot de mettre en place les importantes compressions budgétaires – formé de Carlos Leitão, Marc Coiteux et Jacques Daoust – reste très discret derrière les bons docteurs. Technocrates rationnels et réputés, selon le récit officiel, ils s’appuient sur leurs compétences dans le domaine de la finance qu’ils connaissent de l’intérieur depuis longtemps.

Des consultations sous contrôle

Les libéraux prendront bien soin de ne pas exécuter leur projet de manière sauvage et péremptoire, mais à la suite d’importantes « con­­­sultations ». Ainsi a-t-on mis en place deux commissions : l’une sur la fiscalité et l’autre sur la révision des programmes. Mais on a pris en même temps des moyens radicaux pour éviter les effets pervers de ce type de consultation : se retrouver avec des propositions qui vont à l’encontre de l’orientation idéologique du parti.

Ainsi la commission d’examen sur la fiscalité a pour commissaires des individus dont les positions sont peu diversifiées et majoritairement très conformes à celles du Parti libéral. Elle se donne comme objectif, entre autres, d’identifier « des mesures permettant de réduire l’ensemble des dépenses fiscales » – et non pas, par exemple, d’accroître les revenus de l’État. La commission sur la révision des programmes, quant à elle, siège à huis clos : il serait trop dangereux d’y inviter les éléments disparates de la société civile.

Pour ne pas braquer la population, il était important d’affirmer que les compressions gouvernementales ne toucheraient pas les services de base à la population, mais une forme de « gras » dont l’existence hypothétique a été révélée à maintes reprises par les partis et les médias de droite, mais qu’on arrive difficilement à trouver lorsqu’il faut réellement couper dans les budgets. Les libéraux procèdent alors comme le font de bons médecins pour débusquer la maladie : on tâte, et lorsqu’on entend un cri de douleur, on en déduit ce qu’il faut. Ainsi ont-ils envoyé une série de ballons, quelques propositions de coupes qu’on lance discrètement dans les médias, et que l’on retire, parfois en osant même se montrer offusqué, lorsque les réactions sont trop fortes.

Le gouvernement libéral ne pourra cependant s’empêcher de constater l’inadéquation entre un plan de communication de qualité et une dure réalité qui ne se plie pas à ses volontés. L’avenir s’annonce moins radieux. Tôt ou tard, la population devra leur rappeler, une fois de plus, que le problème de fond n’est pas la communication, mais bien le contenu. Mais peut-être que ce constat élémentaire est-il pour eux tout simplement inadmissible ?

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